Les cyclistes rennais l’ont sans doute remarqué au fil des mois : il devient de plus en plus risqué de stationner son vélo en ville. Le phénomène prend de l’ampleur et inquiète aussi bien les habitants que les commerçants ou les associations de promotion du vélo. Les chiffres le confirment : le nombre de vols de vélos a doublé en deux ans dans la métropole bretonne. Dernièrement, certaines zones se sont même muées en véritables points noirs pour les adeptes de la petite reine.

Les raisons de l’explosion des vols de vélos

Avec l’essor du vélo urbain depuis la crise sanitaire, Rennes a vu sa flotte de cycles littéralement exploser. L’engouement pour la mobilité douce, la densification du réseau des pistes cyclables et la multiplication des parkings à vélos ont incité un nombre grandissant de citoyens à troquer la voiture pour la bicyclette. Mais cet enthousiasme n’a pas échappé aux voleurs.

« Il y a dix ans, un vélo sur deux n’était même pas attaché. Aujourd’hui, tout le monde utilise un antivol, parfois deux, mais cela n’empêche pas les vols », explique Noémie, bénévole dans une association locale de cyclistes.

Le marché du vélo d’occasion ne s’est jamais aussi bien porté. Les vélos électriques, notamment, attisent toutes les convoitises. Ces engins valent parfois plus de 2 000 euros et sont trop souvent garés sur la voie publique, malgré leur grande valeur.

Des quartiers plus exposés que d’autres

La hausse des vols n’est pas homogène dans toute la ville. Certains quartiers se distinguent par une recrudescence particulièrement alarmante des disparitions de vélos. Selon les données croisées de la police nationale et des associations d’usagers, plusieurs zones sensibles ressortent.

Parmi les secteurs les plus critiques, on trouve :

  • Le centre-ville, et en particulier autour de la place Sainte-Anne, des Halles Centrales et du métro République.
  • Le quartier Gare, notamment les abords directs de la gare SNCF.
  • Le secteur Beaulieu, prisé par les étudiants, où les parkings vélo des résidences et campus font souvent l’objet de razzias nocturnes.
  • Villejean, autre secteur étudiant, n’est guère épargné, tout comme le quartier Sud-Gare.

« Entre le métro et les grands commerces, c’est un lieu de passage où les voleurs peuvent facilement agir puis disparaître », observe Antoine, un étudiant victime de deux vols successifs dans le centre.

En banlieue, les gares de Cesson-Sévigné, Saint-Jacques ou encore Chantepie sont également confrontées à une nette hausse des vols organisés. Les parkings fermés ne sont plus garants de sécurité.

Un sentiment d’impuissance chez les cyclistes

Face à ce phénomène, le ras-le-bol grandit. Les propriétaires dénoncent l’insuffisance des dispositifs de sécurité, l’absence de vidéosurveillance efficace et la légèreté des sanctions à l’encontre des voleurs.

Malgré les campagnes de prévention, rares sont les vélos volés qui retrouvent leur chemin jusqu’à leur propriétaire. « On a l’impression que rien n’est fait ! Quand je dépose plainte, j’ai à peine le temps de décrire mon vélo et on me dit que cela sera difficile d’avoir un retour », exprime Clara, salariée et cyclovoyageuse.

Seuls les vélos dotés d’un numéro d’identification gravé, via le dispositif Bicycode, augmentent leurs chances d’être retrouvés. Encore faut-il qu’ils ne soient pas démontés pour la revente en pièces détachées.

Les alternatives pour protéger sa monture

Dans ce contexte devenu tendu, adopter quelques bons réflexes reste indispensable pour les cyclistes. Il est aujourd’hui vivement conseillé de :

  • Privilégier les parkings sécurisés et éviter le stationnement de nuit autant que possible.
  • Investir dans un antivol en U de haute qualité et, idéalement, doublement attacher son vélo (roue et cadre).
  • Faire graver son vélo par un organisme agréé tel que Bicycode.
  • Photographier son deux-roues sous plusieurs angles et conserver sa facture.
  • Éviter de laisser des accessoires amovibles sur sa bicyclette.

Certaines plateformes et applications permettent également de signaler un vol rapidement et d’alerter la communauté alentour. Un principe de solidarité qui fait ses preuves, mais qui ne suffit pas, tant l’ampleur du phénomène dépasse désormais la gestion individuelle.

Les autorités se mobilisent… difficilement

Si la police et la ville assurent que la lutte contre ces délits s’intensifie, les résultats ne sont pour l’instant pas à la hauteur des espérances. Quelques opérations ciblées, des actions de sensibilisation et le déploiement limité de caméras de surveillance ne parviennent pas à endiguer le problème. « Il manque une vraie stratégie concertée et des parkings vraiment fermés, verrouillés et surveillés », martèle Laurent, gérant d’un atelier de réparation.

À Rennes, pour continuer à pédaler en toute tranquillité, il faudra redoubler de vigilance et parfois changer ses habitudes. Car à chaque coin de rue, le risque est désormais difficile à ignorer pour tous les amoureux de la petite reine.