Quand Martine Fulbert a enfourché son vieux vélo bleu un matin d’avril, elle ne savait pas exactement ce qui l’attendait. À 58 ans, cette ancienne institutrice de la région lyonnaise s’était lancée un défi un peu fou : rejoindre l’Atlantique depuis sa maison du Rhône, en passant par les petites routes de campagne, “là où l’on peut encore entendre les oiseaux”, comme elle aime à le dire. Ce voyage, elle l’a pensé “comme une parenthèse, un retour à la vie simple et à l’effort”.
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Le déclic d’un nouveau départ
Ce n’est pas le fruit d’un hasard si Martine est partie ainsi, sacoches pleines et sourire aux lèvres. “Je sentais que la retraite pointait à l’horizon, et avec elle, le risque de s’enliser dans des habitudes.” Après deux années marquées par l’isolement et les restrictions, elle avoue avoir ressenti un besoin “de mouvement, d’air, de lumière”.
Un soir, elle découvre la carte d’un itinéraire cyclable reliant Lyon à La Rochelle. “J’ai eu comme une petite décharge d’électricité, cette envie soudaine de prendre la route.” L’idée fait son chemin, elle commence à s’entraîner : quelques kilomètres autour du lac, puis de plus en plus loin, “jusqu’à ce que le vélo fasse partie de moi”.
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Un voyage à hauteur d’homme (et de femme)
Munie de son carnet de route, Martine note repas, rencontres et émotions. Elle insiste : “Ce n’est pas une compétition. J’ai roulé à mon rythme, sans pression. Parfois, je faisais halte sous un arbre, d’autres fois je passais la nuit chez l’habitant, grâce à des applications de voyageurs.”
Ce qui l’a le plus marquée ? “La gentillesse des gens. Je n’étais jamais seule très longtemps. Un boulanger m’offrait une brioche, un couple de retraités une douche chaude. J’ai partagé beaucoup de sourires et d’histoires.” Martine se souvient tout particulièrement d’un soir au bord de la Charente : “Un groupe de jeunes est venu m’aider à monter ma tente, sous la pluie. Ce sont des moments qui vous donnent foi en l’autre.”
Elle confie aussi avoir découvert une France différente : “Quand on traverse les villages à vélo, on voit des détails qu’on aurait manqués en voiture. Un lavoir aux murs couverts de mousse, un café où le temps semble s’être arrêté, des paysages qui changent lentement.”
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Les petits bobos et les belles surprises
Sur plus de 900 kilomètres, Martine a connu quelques galères. “Pneu crevé dans la Creuse, pluie battante sur la Dordogne, jambes qui tiraillent, inconnu à chaque tournant.” Mais, à chaque difficulté, “j’apprenais à lâcher prise”. Elle se rappelle : “J’ai parfois eu envie de tout arrêter, surtout lors de la grande ascension dans le Massif Central.” Mais au fil des kilomètres, elle a ressenti une fierté nouvelle, grandissante.
Parmi les meilleures surprises, elle cite :
- Découvrir “la soif insoupçonnée d’aventure des seniors croisés sur la route”
- Les soirs d’été où des familles lui ouvraient leur porte
- Un pique-nique improvisé avec des randonneurs inconnus
- L’explosion de couleurs sur la côte atlantique à l’arrivée
“J’ai ri seule sur mon vélo. J’ai pleuré aussi, parfois, mais jamais de tristesse. Chaque jour était une promesse.”
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Changements intérieurs et leçon de vie
Une traversée du pays n’est pas qu’un exploit physique : c’est souvent un bouleversement intérieur. Martine raconte avoir réappris à “voir l’essentiel”, à écouter son corps, son souffle, le rythme des jours. “On prend conscience de la force qu’on a en soi, même quand on ne se croyait pas capable.”
Elle a retrouvé en chemin une simplicité : “Dormir dans une petite tente, manger une salade entre deux haies, c’est suffisant. Tout le reste est superflu.” Ce dépouillement volontaire a laissé place à un bonheur brut, qu’elle partage aujourd’hui : “Je souhaite à tout le monde de sentir le vent sur son visage, sans autre but que celui d’avancer.”
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Repartir, inspirer, transmettre
Depuis son retour, Martine intervient dans des écoles, partageant son périple avec des jeunes curieux. Elle répond aux questions (“Comment faire pipi dans la nature ?” reste un classique), expose ses cartes, ses photos, et raconte “comment le courage ne tient pas toujours à la force physique, mais à l’envie d’aller au bout de ses rêves”.
Son prochain projet ? Rejoindre l’Italie, toujours à vélo, cette fois avec ses deux petits-enfants. “Je veux leur apprendre que la liberté s’invente, et qu’il n’est jamais trop tard pour partir à l’aventure.”
Pour elle, chaque matin à bicyclette était une renaissance : “Je n’ai pas vingt ans, mais chaque kilomètre m’a rendue plus vivante que jamais.”







