Changer son vélo électrique adoré pour un scooter tout neuf à Paris, ça ressemble au rêve urbain. Mais parfois, la réalité a comme un goût d’échappement – même électrique. Retour d’expérience d’un usager mi-curieux, mi-désabusé, qui pensait troquer le mollet contre la poignée d’accélérateur… et n’en sort pas vraiment vainqueur.

Le dilemme du cycliste parisien : du Moustache au Segway

Depuis 2019, la question me taraudait : vaut-il mieux un vélo électrique ou un scooter pour affronter Paris ? À force de tester, j’ai longtemps alterné entre Véligo, Cityscoot, puis j’ai fini par choisir un vélo électrique Moustache, plus raisonnable financièrement. Pourtant, l’appel du scooter ne m’a jamais vraiment quitté.

À la rentrée 2023, mon cœur n’a fait qu’un tour à la vue du Segway E300SE, équivalent surpuissant 125 cm³, bardé de gadgets et tout connecté. En deux clics et quelques économies, j’ai dépensé près de 5 000 euros pour jouer dans la cour des grands (accessoires, immatriculation et formation 125 inclus). Me voilà avec le dernier jouet électrique à la mode, déniché chez Go2roues.

Quand la ville s’en mêle : galère quotidienne et incivilités

Soixante-dix jours, c’est le temps qu’il m’a fallu pour frôler la saturation. La ville semble tout faire pour dissuader les conducteurs de deux roues motorisées – mais c’est surtout côté incivilités que j’ai pris une claque. Je m’attendais à souffrir un peu en vélo, mais finalement, c’est en scooter que le sort s’est acharné.

Avec une assurance à 50 euros par mois, posséder un scooter à Paris, ce n’est déjà pas donné. J’étais prêt à ce prix – pensant naïvement pouvoir éviter les dépenses annexes, vanté par l’électrique. Mais quelle naïveté ! En quelques jours seulement (malgré 20 jours d’absence sur la période), j’ai cumulé un florilège de soucis :

  • Le moindre stationnement se transforme en source d’angoisse, tant les dégradations et mesquineries semblent la règle…
  • La peur de perdre mon scooter à chaque arrêt a fini par me travailler, au point de décourager mes envies de balade.
  • Bilan : je songe à la revente – en sachant très bien qu’il est trop tard pour se rétracter et que j’y perdrai sûrement quelques billets.

Résultat : mon enthousiasme s’est évaporé. Fini les virées longues en hiver (je refuse d’investir dans un troisième tablier de protection), et pas question de sortir sous la pluie. Triste sort.

Les pièges cachés : circulation, trajets, bonus… et vélos gagnants

Car rouler à Paris, ce n’est pas exactement comme dans une publicité pour la mobilité verte. Première surprise : le trafic. Je savais la conduite en voiture stressante, j’ignorais que c’était l’enfer aussi pour les scooters. Aux heures de pointe, bus ou camions se font un plaisir de tout bloquer, rendant les dépassements impossibles (et parfois, dépasser autrement, c’est illégal…).

Et que dire des sens interdits ? Là où il me fallait quatre minutes pour relier chez ma copine à mon travail à vélo, il en faut 18, au mieux, en scooter. Merci les détours et les changements de sens, et vive les pertes de temps – au point de finir… à pied.

Même les GPS laissent tomber les motards électriques (sauf Waze qui s’en sort bien). Côté vitesse, l’humiliation n’est pas loin : 12 km/h en moyenne scooter inclus, alors que sur mon vélo, je file entre 18 et 19 km/h, réchauffant mes muscles au passage.

Ajoutez à ça les dimanches parisiens et leur « Paris Respire » : accès interdit aux scooters électriques sous prétexte écologique, là où les vélos profitent de pistes cyclables à foison…

  • Les autres véhicules électriques ne voient parfois que peu d’avantages concrets au quotidien.

Côté aides à l’achat, l’État n’arrange rien : avec deux batteries pour 3,98 kWh de capacité sur mon Segway, j’espérais un bonus de 900 euros. Que nenni ! L’administration n’en compte qu’une, ne m’accordant que 497,50 euros de prime. De quoi avaler de travers sa charge écolo !

Retour au point de départ… ou presque : vélo chéri, scooter du week-end

Malgré tout, difficile de dire du mal de ce Segway E300SE, un excellent scooter électrique à recommander (si, si, je le dis sincèrement). Mais entre l’incivilité ambiante, les désagréments de circulation et des coûts gonflés (jusqu’à 150 euros par mois avec assurance et parking pour dormir sereinement…), la décision est prise : retour au vélo en semaine ! Mon scooter ? Je le réserve désormais aux escapades du week-end ou jusqu’à, qui sait, une revente anticipée.

Au final, à Paris, même passer du rêve du scooter à la réalité du piéton, ça a parfois du bon. Leçon du jour ? Si vous êtes du genre à aimer les matins sans surprise (ni note salée), la bicyclette a encore de beaux jours !