À 88 ans, Claude Lelouch troque l’agitation parisienne pour l’air iodé : le cinéaste offre à la Normandie un lieu hybride, mi-cinéma, mi-bistrot, où la rencontre et la création sont à l’honneur. Retour sur une révolution personnelle… et un soupçon professionnelle, sans jamais renier cet amour du septième art et des bonnes conversations.
Une nouvelle vie, un nouveau lieu : l’appel du large pour Lelouch
L’heure du changement a sonné pour Claude Lelouch. Loin de baisser le rideau, c’est plutôt un nouveau lever de rideau qui s’offre à lui, quelque part sur une côte normande. « J’avais envie d’un cadre plus clément », confie-t-il presque l’air de rien, alors qu’il officialise un tournant de vie aussi vital que créatif. Éloignement de la capitale, nouvelle adresse, mais fidélité à sa méthode : rester dans le mouvement, cultiver le lien et continuer de rêver… avec le public.
Le ciné-bistrot, inauguré pour ses 88 printemps et sous le regard amical de Jean Dujardin et Elsa Zylberstein, se veut l’extension chaleureuse de son rapport au cinéma, à la convivialité et aux histoires qui se partagent, écran à l’appui — mais souvent aussi autour d’un verre. Amis, proches et curieux se sont pressés lors de l’ouverture, et l’ambiance donne franchement envie de s’installer !
Plus qu’une salle : une expérience de salon à la pointe de la technique
Sur Instagram, Claude Lelouch a vendu la mèche : « un lieu unique dont je rêvais depuis longtemps ». Objectif clair : proposer un espace accueillant, direct, dans l’esprit d’un salon où l’on se sent comme à la maison. Rien à voir avec une salle anonyme où l’on ressort sans avoir parlé à son voisin — ici, place à la rencontre, à la discussion et à la magie du grand écran, version intimiste.
- Environ trente places seulement, pour garantir la qualité de l’écoute et l’échange après séance
- Sièges pivotants (pour ne pas louper le film si votre voisin raconte une anecdote passionnante…)
- Écran et son de dernière génération
- Une équipe de quatre passionnés pour assurer l’expérience
Le directeur, Alexis Chermant, veut faire de ce cocon une adresse technique à la pointe, mais résolument humaine. On y projette moins, mais on projette mieux, en petit comité et en misant sur la rareté. Le but ? Que chaque projection soit vécue, discutée, et — pourquoi pas — prolongée autour d’un bon plat.
Programmation raffinée, rencontres et création en partage
Pour l’ouverture, c’est la filmographie du maître des lieux qui est à l’honneur. « Itinéraire d’un enfant gâté » d’abord, puis « L’aventure, c’est l’aventure » le lendemain. Mais les ambitions de la salle regardent déjà plus loin :
- Organisation de premières : des réalisateurs invités viendront présenter un film qu’ils aiment ou un projet en cours, histoire de susciter réflexion et débattre en direct
- Programmation resserrée, avec rétrospectives et découvertes
- Rencontres mensuelles prévues avec acteurs ou cinéastes
Lors de l’inauguration, Claude Lelouch a surpris en projetant les huit premières minutes encore en brouillon de son prochain long métrage. Transparence rare : laisser les spectateurs découvrir le processus, tester des émotions, goûter à l’élaboration avant la version finale. On devine que les habitués du ciné-bistrot ne seront jamais bien loin des coulisses…
La programmation navigue donc entre grands classiques et « films de demain », revisitant jusqu’à 1 300 œuvres représentatives de 130 années d’histoire, sans oublier la découverte de titres rares.
Quand le lieu devient atelier : transmission, calme et création
L’histoire du bâtiment n’est pas qu’anecdotique : d’abord abandonné, repéré pour la vente, son acquisition et ses transformations successives le destinent aujourd’hui à accueillir le public dans des conditions optimales. Lelouch s’y installe aussi pour travailler autrement. Plus besoin de résister au tumulte parisien : il annonce un rythme nouveau, ne passant plus que deux jours par semaine à Paris, le reste au bord de la mer, guitare du climat sous le bras (santé oblige !).
Le ciné-bistrot n’est pas qu’un lieu de projection : c’est également son bureau, insonorisé, équipé, idéal pour les montages et ajustements sonores des films. Un studio professionnel discret, mais vital. Ou comment conjuguer ancrage local, nécessité de transmission et besoin de respiration sans jamais figer la dynamique.
En fin de compte, Claude Lelouch offre plus qu’une salle : un lieu vivant. Ici, on débat, on apprend, on crée et, surtout, on rêve ensemble. « On n’a rien trouvé de mieux pour rêver », glisse-t-il : difficile de lui donner tort. Si vous passez en Normandie, ne ratez pas l’invitation — rêver, ça ne se refuse pas !







