Le vélo, c’est cette grande famille où, normalement, une simple poignée de main ou un clin d’œil au détour d’un sentier suffit à effacer les différences. Mais dans l’industrie du cyclisme, et plus encore dans le journalisme vélo, la réalité reste plus compliquée pour les femmes.
Un monde encore largement masculin
Depuis mes débuts, j’ai vu combien le vélo est dominé par les hommes, surtout dans certains milieux professionnels. Pourtant, sur le terrain, et particulièrement dans le VTT, la convivialité est frappante. Combien de fois, en pleine sortie sur les crêtes, j’ai échangé un sourire, un pouce levé ou un bref mot de camaraderie avec un autre vététiste ? Ces petits gestes, anodins, donnent le sentiment d’appartenir à une communauté où chacun est accueilli.
Mais derrière cette chaleur humaine, l’industrie reste marquée par des réflexes lourds à briser. Lors d’événements presse, certaines femmes journalistes ont raconté que les marques ou les organisateurs préféraient s’adresser directement à leurs collègues masculins, surtout sur les sujets techniques. Comme si parler de suspensions, de transmission ou de géométrie de cadre restait un privilège masculin.
Sur le terrain : un accueil plus sincère
Heureusement, quand il s’agit de rouler, les barrières s’effacent souvent. Dans une sortie d’enduro, au cœur des bois gallois, la solidarité prenait le pas sur les clichés. On s’encourageait dans les montées, on riait des chutes parfois spectaculaires, et au final, c’était l’amour du vélo qui dominait.
Je me rappelle encore d’une journée d’hiver, gelée et boueuse, où j’avais été surpris par la générosité d’un groupe de vététistes que je ne connaissais pas : ils m’ont attendu, encouragé, et même partagé leurs vivres au sommet du col. Ces instants disent beaucoup : sur les sentiers, la bienveillance l’emporte.
Où sont les femmes ?
C’est une question récurrente dans l’industrie du vélo : pourquoi y a-t-il si peu de femmes journalistes, mécaniciennes ou même représentantes de marques ? Lors des voyages de presse, il n’est pas rare qu’une journaliste soit la seule femme du groupe. Cela peut intimider au départ, mais souvent, une fois le vernis de la compétition masculine tombé, la dynamique devient plus simple, plus humaine.
Il reste que le manque de diversité pèse. Les stéréotypes sociaux et culturels limitent encore l’accès au vélo, et les médias cyclistes eux-mêmes ont parfois renforcé ces clichés, en valorisant certains profils au détriment d’autres. Pourtant, les choses évoluent. Le VTT, en particulier, semble offrir un terrain plus ouvert, moins obsédé par l’apparence ou le “matériel parfait”. On vient avec ce qu’on a, et le principal, c’est de partager du plaisir.
La route, un univers plus codifié
À l’inverse, le cyclisme sur route reste plus marqué par ses codes : maillots assortis, chaussettes à la bonne hauteur, discussions techniques très cadrées. Je l’ai moi-même ressenti lors de certaines sorties en groupe : une atmosphère plus sérieuse, moins spontanée que celle du VTT. Peut-être est-ce une question de culture, ou simplement de compagnonnage.
Pourtant, le vélo, qu’il soit de route, de piste ou de montagne, devrait être un terrain d’accueil. Et il appartient aux journalistes comme aux pratiquants de casser ces barrières.
Un futur plus inclusif
Le chemin est encore long, mais chaque sortie, chaque article, chaque événement où une femme prend sa place fait bouger les lignes. Le vélo est un sport d’équilibre — entre force et finesse, entre effort et liberté. Dans son industrie, cet équilibre reste à trouver entre les genres.
Et si vous hésitez à vous lancer dans le VTT, ne cherchez pas le dernier modèle hors de prix ni la tenue parfaite. Prenez n’importe quel vélo, et allez goûter à cette sensation unique de liberté, de boue sur les mollets et de vent dans les cheveux. Je vous garantis que vous trouverez, sur les sentiers, une humanité qui vous redonnera foi en ce sport.







