J’ai passé ma vie à croire que le vélo était une forme de liberté pure. Le bruit régulier de la chaîne, le souffle du vent qui siffle dans le casque, cette sensation unique d’équilibre entre effort et grâce. Mais aujourd’hui, une nouvelle question bouscule la communauté cycliste : que se passe-t-il lorsqu’un cycliste est percuté… par un autre vélo, et plus précisément par un vélo électrique ?

L’accident qui change tout

Un choc, brutal, imprévu. Vous tournez à gauche, la voie semble dégagée, et soudain vous êtes projeté au sol par un e-bike lancé à pleine vitesse. C’est exactement ce qui est arrivé à une cycliste new-yorkaise. Le casque a amorti le coup, mais le traumatisme est resté, physique et psychologique.

Je me souviens encore de la première fois où un scooter électrique m’a frôlé en descente, dans un col au petit matin. Le vacarme du moteur, l’odeur de frein brûlé, et moi, déjà au taquet sur mes freins. Rien ne s’est passé ce jour-là, mais j’ai compris à quel point la vitesse pouvait transformer une balade en danger potentiel.

Les e-bikes, alliés ou menace ?

Ne nous méprenons pas : les vélos électriques représentent une avancée. Ils permettent à des milliers de personnes de se déplacer rapidement, sans voiture, et d’oser enfourcher un vélo malgré l’âge, la distance ou la forme physique. Mais lorsqu’ils s’élancent à plus de 40 km/h, avec leurs 25 ou 30 kilos lancés comme des projectiles, la perception change.

Dans certaines villes, la multiplication des e-bikes, notamment les flottes en libre-service, a transformé les pistes cyclables en véritables champs de tension. Là où je trouvais autrefois un havre de paix — ces voies protégées où je pouvais respirer et pédaler sans craindre les voitures — je ressens désormais parfois la même nervosité qu’au bord d’un axe routier : un e-bike qui déboule sans prévenir, un dépassement à la hussarde, et le cœur qui s’emballe.

Un débat qui fracture les cyclistes

Faut-il limiter la vitesse des e-bikes en ville à 25 km/h, voire 15 km/h comme le proposent certains élus ? Les défenseurs du vélo traditionnel y voient une question de sécurité et de partage harmonieux de l’espace. Les partisans des e-bikes dénoncent une stigmatisation, rappelant que les voitures restent responsables de l’écrasante majorité des accidents graves.

Je comprends ces arguments : dans ma propre pratique, j’ai vu plus de conducteurs inattentifs que de cyclistes dangereux. Pourtant, je ne peux ignorer cette inquiétude grandissante. Si nous laissons les comportements les plus agressifs s’imposer, nous risquons de fournir aux opposants au vélo les armes pour faire reculer nos acquis.

Entre peur et passion

Depuis que j’ai moi-même été heurté une fois en ville — pas par un e-bike mais par un simple cycliste distrait — je sais à quel point la confiance peut s’effriter. Monter en selle ne se fait plus avec la même insouciance. Le parfum de l’air frais du matin s’accompagne désormais d’une vigilance accrue, presque d’une méfiance.

Mais faut-il pour autant rejeter les vélos électriques ? Je ne le crois pas. Ils font partie du futur du transport durable. En revanche, nous devons reconnaître que leur usage pose des questions spécifiques de sécurité et de cohabitation.

Trouver le bon équilibre

Le vélo, qu’il soit électrique ou non, devrait rester synonyme de liberté, pas de crainte. Cela demande un vrai travail collectif : infrastructures adaptées, règles claires, respect mutuel entre usagers. Car ce qui fait la beauté du cyclisme, ce n’est pas la vitesse brute ni la technologie, mais cette danse fragile entre l’homme, la machine et la route.

Il est temps de poser les mots sur ce problème au lieu de le balayer d’un revers de main. Oui, les e-bikes apportent beaucoup. Oui, ils peuvent aussi apporter leur lot d’inquiétudes. À nous, passionnés de vélo, de trouver un chemin qui permette à chacun de rouler l’esprit libre, sans transformer les pistes cyclables en arènes de confrontation.