Nous avions quitté le Ronde la semaine dernière en ayant le sentiment d’avoir assisté au plus beau Tour des Flandres depuis de longues années. Que dire de Paris-Roubaix ce soir? A la lecture sèche du nom du vainqueur, nous pourrions nous dire que nous avons assisté à un Paris-Roubaix de seconde classe. Détrompez-vous, la course a été passionnante, à la hauteur de son statut de reine des classiques. Une reine qui sait parfois devenir garce. 

Une reine à la hauteur de sa légende

Si le Tour des Flandres reste pour beaucoup la plus belle des classiques, Paris-Roubaix reste, elle, la reine des classiques. Je pourrais vous en raconter les très nombreux temps forts qui ont animé l’épreuve aujourd’hui, mais ce serait trop facile et réducteur tant cette course fut à part. Cette reine nous a surpris, tout d’abord par sa première partie, les caméras de direct étant présentes dès le départ, aucune échappée n’a pu prendre trop de champ, car nombreux étaient ceux qui voulaient grappiller de ce sacro-saint temps d’antenne.

Sortie d'Arenberg pour Cancellara et le peloton © ASO/E.Garnier
Sortie d’Arenberg pour Cancellara et le peloton © ASO/E.Garnier

Ensuite parce que les choses sérieuses ont démarrées bien avant la Trouée d’Arenberg, avec cette chute cassant le peloton en deux sur les pavés menant à Monchaux-sur-Ecaillon. C’est là que les formations Etixx de Tom Boonen et Lotto-Jumbo de Sep Vanmarcke ont décidé de visser pour distancer le duo d’ultras favoris, Fabian Cancellara et Peter Sagan. Pour beaucoup cet événement a faussé la course, ne permettant pas à Spartacus et au champion du monde de peser sur la course alors qu’ils en avaient les moyens. Certes, mais c’est oublier la dramaturgie essentielle à la reine des classiques, sans cet ingrédient, Paris-Roubaix ne serait pas ce qu’elle est.

Tommeke sait encore courtiser la reine

Ils étaient trois à pouvoir entrer dans la légende aujourd’hui, Peter Sagan qui rêvait d’un triplé Gand-Wevelgem-Tour des Flandres-Paris Roubaix avec la maillot arc-en-ciel, comme Rik Van Looy,  Fabian Cancellara qui briguait un quatrième succès faisant de lui le co-recordman des victoires sur le vélodrome et Tom Boonen, qui lui pouvait espérer devenir le seul et unique détenteur du record de victoires et décrocher ainsi Roger De Vlaeminck. Sur les trois au départ, c’est plus au slovaque ou au suisse que l’on accordait des chances d’y parvenir au vu d’une condition physique supérieure. Mais Boonen sait encore comment y faire pour courtiser la reine des classiques.

Boonen
Boonen confiant ce matin au départ © ASO/E.Garnier

Pour la séduire il faut la savoir la surprendre et pour cela, Tommeke a sorti le grand jeu, en attaquant à plus de cent kilomètres de la ligne d’arrivée. A ses côtés, un formidable Tony Martin qui dans son style Panzerwagen, a abattu un travail phénoménal après le passage d’Arenberg. Boonen a su également composer avec de bons alliés de circonstances, les SKY de Ian Stannard et Luke Rowe, mais aussi Sep Vanmarcke et sa cohorte d’équipiers. Mais la reine à joué les garces avec Tommeke, elle a certes écarté Spartacus en lui faisant goûter les pavés de Mons-en-Pévèle, ou encore le champion en titre Peter Sagan en lui laissant miroiter un possible retour en tête, mais elle a surtout privé Tom Boonen d’un succès en lui barrant la route avec un vétéran australien sur la piste roubaisienne. Une vraie garce vous dis-je.

La reine et ses instincts volages

Si l’on reprend le palmarès de ces trente dernières années, on peut constater que la reine des classiques aiment s’amuser d’aventures sans lendemains avec Dirk De Mol (1988), Jean-Marie Wampers (1989), Servais Knaven (2001), Magnus Backstedt (2004), ou encore en déniaisant de jeunes premiers comme Frédéric Guesdon (1997) et enfin en succombant à des habitués de sa cour que furent Stuart O’Grady (2007) ou encore Johan Vansummeren (2011). Ce dimanche elle aura repris ses instincts volages en délaissant ses amants habituels au profit d’un des plus inattendus. Mathew Hayman n’en était pas à sa première sur les pavés du nord, en témoigne ses trois top 20 au classement (20ème en 2009, 10ème en 2011 et 8ème en 2012). Mais de là à gagner, il n’y avait qu’un pas que lui a osé franchir dans le final.

La reine s'offre un amant expérimenté © ASO/E.Garnier
La reine s’offre un amant expérimenté © ASO/E.Garnier

Usé par une longue échappée (il faisait parti des 16 qui ont abordé les pavés de la rue de la sucrerie à Troisvilles en tête), on l’a vu décroché après le célèbre carrefour de l’Arbre. Il s’est arraché pour revenir dans le final, dépouillé pour rejoindre Boonen qui tentait de finir en solitaire sur les pavés de l’espace Crupelandt, enfin, il à crânement mené son sprint pour finalement coiffer le belge. Encore une fois la reine s’offrait à un presque inconnu, mais du genre expérimenté car participant à son quinzième Paris-Roubaix. A bientôt 38 ans (il les aura le 20 avril prochain), Mathew Hayman est le vainqueur le plus âgé depuis Gilbert Duclos-Lassalle qui avait 38 ans et 8 mois lors de son dernier succès à Roubaix.