[dropcap size=big]L[/dropcap]e 1er mars dernier, l’association « Velon », qui regroupe aujourd’hui dix équipes de l’UCI World Tour¹, a annoncé la création d’une nouvelle épreuve, les Hammer Series, avec un concept innovant. En effet, là où habituellement la victoire individuelle prime, ici c’est le collectif qui est récompensé à l’issue d’une série d’épreuves courues sur trois jours avec au programme, du sprint, de la montagne et, c’est une innovation, une poursuite par équipes pour finir (voir plus bas). Vous l’aurez compris, Velon souhaite permettre aux différents sponsors qui laissent des millions d’euros chaque année pour financer des équipes de récupérer un retour sur investissement. En résumé, ce n’est pas une victoire de Chris Froome qui intéresse ici, mais celle de la Sky, vous saisissez ?

Un format innovant

Pour s’assurer du succès de ce nouveau format, Velon (associé ici à Infront, société de marketing sportif) mise sur un format télégénique avec des courses en circuit et la possibilité pour les fans d’être en immersion, puisque les données de tous les coureurs (vitesse instantanée, cadence de pédalage, rythme cardiaque et les watts) seront exploitées et diffusées en direct. Outre les dix équipes Velon d’ores et déjà annoncées seront également présentes sur le premier rendez-vous des Hammer Series début juin, les équipes World Tour Bahrein-Merida et Movistar, ainsi que trois équipes pro-continentales, Aqua Blue, Nippo-Vini Fantini et Sport-Vlaanderen-Baloise. Vous le noterez, manquent à l’appel les équipes françaises de l’élite Ag2r et FDJ, mais aussi Astana, Dimension Data, Katusha-Alpecin et plus significatif pour le moment, la Bora-Hansgrohe du champion du monde Peter Sagan. Mais d’ici juin, la liste des équipes invitées pourrait évoluer.

Si ces derniers temps les nouveautés apportées au calendrier ont pu laisser parfois perplexes quelques amoureux de la petite reine (en témoigne l’accueil mitigé du récent Tour d’Abu Dhabi), il faut saluer ici un petit vent d’innovation, en mettant surtout en avant la victoire d’un groupe et non d’une individualité. Voilà qui apporte de l’eau au moulin de ceux qui considèrent que le cyclisme de plus en plus comme un sport collectif. Comme a pu le souligner Gilles Simon dans l’Equipe daté du 2 mars, « Si une course par équipes ne procurera jamais l‘émotion d’une victoire en solitaire au sommet de l’Alpe d’Huez, l’expérience vaut d’être tentée. » C’est vrai, mais…

Un pas vers une ligue fermée ?

Aussi attractif que ce nouveau format puisse paraître aux yeux des « Velonistes », gageons qu’il ne devienne pas un standard. En effet, sous l’annonce du lancement de ces Hammer Series (qui comprendraient trois rendez-vous cette année, aux Pays-Bas, en Suisse et en Afrique du Sud) semble poindre l’envie pour Velon de s’inspirer largement de ce qu’a pu faire  Bernie Ecclestone à la fin des années 70 en Formule 1, en créant la FOCA², qui lui permit de prendre en main l’aspect commercial de la discipline reine du sport auto en 1981. Si bien sûr bon nombre des managers emblématique de Velon (Lefévère ou Vaughters par exemple) se montrent dithyrambique sur l’aspect sportif de ces Hammer Series, nul doute que dans un coin de leur tête se trouve surtout l’idée d’avoir enfin leur part du gâteau que forme les droits TV, qu’ils n’arrivent pas encore à récupérer auprès des organisateurs de course jusqu’à maintenant. Un pas de plus peut-être vers cette ligue fermée que Velon rêve secrètement de mettre sur pied. D’ailleurs et ce n’est probablement pas anecdotique, le premier volet de ce nouveau format d’épreuve se déroulera le premier week-end de juin, soit au moment du départ du Critérium de Dauphiné organisé par ASO. Comme une sorte de prémices de bras de fers futurs.

Mais Velon semble oublier que le cyclisme repose sur des traditions très ancrées et dont la légende est un véritable outil marketing, ce que comprennent parfaitement ASO (organisateur du Tour de France) ou RCS (Giro d’Italia) qui s’appuient plus que jamais sur le passé de leurs épreuves respectives. Le cyclisme est certainement d’ailleurs le sport qui exploite le mieux ce filon-là, ce qu’aucune autre discipline ne réussit à ce point. Car ce qui fait rêver l’amoureux de ce sport, c’est la chevauchée d’un grimpeur lors d’un raid sur les pentes du Tourmalet, du Galibier ou du Stelvio, ou encore le coup de force d’un champion sur les pavés de l’arbre ou du mur de Grammont. Et non une succession de sprints offrant un cumul de points à une équipe sur un circuit d’une dizaine de kilomètres à parcourir quelques fois. Néanmoins il serait bon que les organisateurs historiques, les instances et les patrons d’équipes puissent enfin sérieusement se mettre autour d’une table, afin de discuter de l’avenir de ce sport et surtout, de son modèle économique plutôt que de continuer à tirer la couverture à soit. Sinon à ce rythme-là, le cyclisme pourrait prendre une tournure de plus en plus amère…

¹BMC, Cannondale-Drapac, Lotto-Soudal, Orica-Scott, Quick-Step-Floors, Team Lotto-NL-Jumbo, Team Sky, Team Sunweb, Trek-Segafredo et UAE Team Emirates

²Association des constructeurs de Formule 1, qui s’appela ensuite FOPA en 1987 puis FOM dans les années 90, regroupement sous l’égide de Bernie Ecclestone de plusieurs écuries pour négocier directement auprès des organisateurs de Grand Prix au détriment de la FISA (fédération internationale du sport automobile) les droits commerciaux des courses.


Hammer Series, mode d’emploi

Disputée le premier week-end de juin dans le Limbourg, voici à quoi ressemblera le premier volet des Hammer Series. Pour l’ensemble des trois étapes, sept coureurs seront emmenés par chaque équipe, qui en sélectionneront cinq pour chaque épreuve.

Première épreuve, la « Hammer Climb »

© ProCyclingMaps

Elle se déroulera sur un circuit de 7 km que les coureurs devront parcourir onze fois, comportant deux ascensions (900m à 4,2 % et 2km à 5,3%) qui donneront, chacune, des points aux dix premiers. A la fin de l ‘épreuve, un classement par équipes sera donc établi.

Deuxième épreuve, la « Hammer Sprint »

© ProCyclingMaps

Disputée sur un circuit cette fois-ci plat comme la main (12,4 km à parcourir 8 fois à Sittard-Geleen, étape classique de l’Eneco Tour) elle proposera un sprint à chaque tour ce qui donnera, comme la veille, un classement général par équipes qui déterminera l’ordre de départ du dernier jour.

Troisième épreuve, la « Hammer Chase »

© ProCyclingMaps

C’est la principale innovation de ce nouveau format, il s’agit d’une poursuite par équipes, disputée sur 50 kilomètres. L’équipe en tête du général s’élancera la première, suivi par sa poursuivante qui partira avec un handicap de temps correspondant à la différence de points au classement général, ainsi de suite pour les équipes suivantes. S’inspirant notamment de ce qui peut se faire en combiné nordique, la première équipe qui franchira la ligne sera déclarée vainqueur final de la course.