On ne va pas se mentir, même si nous avons eu un beau vainqueur à Valkenbourg avec le champion du monde en personne, Michal Kwiatkowski, nous nous sommes passablement ennuyés devant ce 50ème opus de l’Amstel Gold Race. Retour sur une épreuve que les optimistes qualifieront de tactique et que les pessimistes d’ennuyeuse.

Alors cette 50ème Amstel?

Pas d’exploits, peu d’escarmouches, pas de coup de force, pas grand-chose à se mettre sous la dent donc, pour cette Amstel Gold Race. Évidemment la sacro-sainte échappée matinale va ouvrir la route sur le majorité des 258 kilomètres que compte la classique limbourgeoise (oui, cessons d’en faire une ardennaise une bonne fois pour toutes !). Citons ici au tableau d’honneur les membres de cette longue fugue, Johann Van Zyl, Mike Terpstra (le frère de Niki), Jan Polanc, Timo Roosen, Laurens de Vreese et l’ex-grand espoir du cyclisme, Linus Gerdemann. Une fois repris, ils devaient laisser les costaud s’exprimer dans la dernière heure de course.

Nibali se signale

C’est là où le bat blesse. On a eu bien droit à quelques banderilles, mais rien de transcendant, le peloton ne concédant jamais plus d’une minute d’avances aux quelques fuyards ayant tenté leur chance. Notons parmi-eux Vincenzo Nibali, venu ici se dégourdir les pattes en tentant de provoquer une échappée comptant notamment Tony Martin, David Tanner et Simon Clarke. Les BMC ayant décidés de régenter le peloton, mettront fin à toutes ces tentatives dont celle de Clarke qui sera le dernier repris par la troupe. La formation américano-suisse cherche à placer sur Gilbert sur orbite, à tel point que lorsque Fuglsang sort dans le final, c’est le toujours placé Greg Van Avermaet qui saute dans sa roue, avant de la sucer avec application pour favoriser son leader, triple vainqueur ici.

Course de côte

Tout ce beau monde est donc regroupé au pied de la dernière ascension du Cauberg. Occasion pour Philippe Gilbert de lancer son offensive annuelle sur une pente qui lui sourit à chaque fois…ou presque. L’ancien champion du monde voit dans sa roue un excellent Michael Matthews faire de la résistance et franchir avec lui le sommet de l’ultime bosse du parcours. C’est donc au sprint que se joue cette Amstel et ô surprise, c’est le champion du monde Michal Kwiatkowski qui règle un paquet de 18 coureurs sur la ligne parmi lesquels on note 2 français dans le top 10, Tony Gallopin (6ème) et Julian Alaphilippe (7ème). Kwiatkowski s’impose devant Valverde, qui a encore couru au milimètre aujourd’hui et Matthews qui paie là son audace en suivant dans le Cauberg l’attaque de Gilbert.

Le vainqueur

En disant à propos du champion du monde, qu’il court bien mais qu’il ne gagne jamais, Patrick Lefévère à une nouvelle fois démontré qu’il savait mieux que quiconque piquer au vif l’orgueil de ses leaders. En devenant le premier champion du monde en titre à s’imposer sur l’Amstel Gold Race, depuis Bernard Hinault en 1981, Michal Kwiatkowski à offert à son patron la meilleure des réponses. Devant se contenter de la seule victoire sur le prologue de Paris-Nice depuis le début de saison, Kwiatkowski démontre-là que la fameuse malédiction du maillot arc-en-ciel n’est qu’un énième marronnier de journaliste. L’appétit venant en mangeant, qui sait si le champion du monde n’est pas en route vers le fameux triplé Amstel-Flèche-Liège ? Pas impossible car souvenez-vous, le jeune polonais était déjà sur le podium des deux ardennaises l’an dernier (3ème). Tout dépendra bien sûr du scénario des deux prochaines courses, mais vous le savez, le champion du monde court bien et en plus maintenant, il gagne. A suivre donc…

Ça mouline

Par Sergeï Gauthier

ETTIX-Quick-STEP :

Durant la majorité de la course l’équipe ETTIX est restée tranquillement au sein du peloton. Après une campagne de Flandriennes sur lesquelles on les aura vu prendre leur responsabilités pour aucune victoire, Ettix-Quick-Step retrouve un peu de tranquillité et décide de laisser le soin à la BMC et Movistar de prendre leurs responsabilités et rouler derrière les échappées. Lorsque l’italien Nibali tente de mettre le feu aux poudres à une trentaine de kilomètres de l’arrivée l’allemand Tony Martin se glisse dans sa roue et décide de collaborer, de quoi obliger les équipes en tête du peloton à redoubler d’effort. Au pied du Cauberg l’équipe belge est toujours là, dans les roues à attendre, et au final Kwiatkowski l’emporte au terme d’un sprint durant lequel on remarque qu’il est le plus frais, au contraire de Matthews et Valverde qui ont grillé des forces dans la dernière ascension. Et que dire du jeune français Alaphilippe, 7ème à l’arrivée bien au chaud dans le groupe des costauds à seulement 22 ans ! Bref des performances qui redonneront probablement le sourire à l’équipe belge.

Les téméraires :

Dans une course très calme durant laquelle il aura fallu attendre le pied du Cauberg pour voir les favoris bouger, difficile de trouver une éclaircie. Finalement elle est venue des échappées, d’abords les matinaux : De Vreese (Astana), Roosen (Lotto-Jumbo), Mike Terpstra (Roompot), Polanc (Lampre), Van Zyl (MTN-Qhubeka) et Gerdemann (Cult-Energy). Puis les premiers mouvements d’importance avec Nibali (ASTANA), Martin (Ettix-Quick-Step), Keldermann (Lotto-Jumbo) , puis surtout Tanner (IAM) et Clarke (Orica-GreenEDGE), ces deux derniers ont eu le mérite d’être les plus actifs dans les 50 derniers km, l’australien d’Orica GreenEDGE résistera d’ailleurs pendant de nombreux kilomètres seul en tête avant de se faire reprendre par le peloton des favoris dans les dix derniers kilomètres… On aurait pu y ajouter Fuglsang (ASTANA) et Van Avermaet (BMC) sortis dans les derniers kilomètres, mais le belge n’ayant pas collaboré, le danois a vite rendu les armes.

Michael Matthews :

L’australien est encore tout jeune, il aura 25 ans en fin d’année, et depuis ses débuts chez les pros il évolue à grande vitesse. D’abord considéré comme un très bon sprinteur il s’illustre principalement dans son pays, en 2013 à moins de 23 ans il s’illustre sur la Vuelta en remportant 2 étapes, en 2014 il passe un cap avec 5 victoires, le maillot rose et le maillot rouge portés pendant quelques jours.
Mais que dire de 2015, victorieux sur Paris-Nice et le Tour du Pays-Basque, l’australien démontre qu’il n’est pas qu’un sprinteur qui affectionne les arrivées en faux-plat, mais qu’il est désormais un homme sur qui compter pour les classiques. 3ème de Milan-San Remo, 2ème de la Flèche Brabançonne mercredi dernier, beaucoup ne l’imaginait pas suivre les meilleurs dans le Cauberg ! Et pourtant il fait un effort énorme pour suivre l’attaque de Gilbert aujourd’hui, y laissant probablement beaucoup de forces, mais sur son talent et sa pointe de vitesse il réussis tout de même à prendre la 3° place à l’arrivée… Que lui reprocher ? S’il n’avait pas suivi Gilbert, le belge serait peut-être parti vers la victoire solo… Désormais on l’imagine sans peine succéder à Gerrans au palmarès de Liège-Bastogne-Liège dés cette année, et pourquoi pas pour une première victoire d’étape sur le Tour de France.

Ça déraille

Le scénario de cette Amstel Gold Race

Les années se suivent et finissent par se ressembler inexorablement. Une nouvelle fois, les coureurs ont attendus la dernière ascension du Cauberg pour se jouer la victoire sur cette épreuve. Et pourtant sur le papier, il y à tout ce qu’il faut pour donner de la saveur à cette course. 34 ascensions répertoriées (n’est-ce pas trop finalement ?), des changements multiples de directions, propices aux attaquants en évitant le point de mire et pourtant…Tout se joue dans le kilomètre quatre-cent cinquante de l’ascension finale. Force est de constater que les organisateurs auront beau faire, les coureurs continueront à nous offrir un spectacle somme toute médiocre. Plus que tout autres, cette course exacerbe cette chasse aux précieux points World Tour. Ne gaspillons surtout pas une chance d’être dans le top 10 en attaquant pour gagner ! Tel semble être le mot d’ordre dans les pullmans des équipes de pointes durant le briefing matinal et dans radio patron, station qui crachotte sa douce mélodie dans les oreillettes des coureurs.
Les instances veulent instaurer un circuit de qualité avec le World Tour, en tentant de réunir les meilleures équipes dans les plus belles épreuves. Mais à force, ces mêmes instances risquent de voir les fans déserter leurs écrans de TV pour d’autres épreuves bien plus disputées. Donc messieurs les dirigeants et messieurs les managers, avant de rêver aux dividendes de vos fantasmagoriques droits TV, penchez-vous sur des vrais tactiques de course donnant du rêve au téléspectateurs, sous peine de les voir déserter leur télévisions. Sur ce, je vous laisse, je dois regarder le replay d’une course que j’aurais dû regarder en direct cet après-midi, le Tro Bro Léon…