Nous l’avons appris ce matin, Roger Pingeon est décédé la nuit dernière « foudroyé par une crise cardiaque » comme l’a indiqué à l’AFP Georges Gouly, maire de la commune de Beaumont dans l’Ain, où vivait l’ancien coureur depuis plusieurs années.

Roger Pingeon était plombier-zingueur quand en 1964 Gaston Plaud, directeur sportif de l’équipe Peugeot à l’époque, lui proposa un premier contrat professionnel quand il vit ce coureur amateur de la région du Bugey, aligner les coureurs pros dans la Polymultipliée lyonnaise. Avant de franchir le rubicond, le bugiste hésita quelque peu car il aimait concilier son travail et le vélo par plaisir et vivre auprès de sa famille et ses amis. A tel point donc que lors de sa première année professionnelle, il n’évolua quasiment uniquement sur les routes de sa région. Néanmoins et grâce à une victoire sur le Grand Prix du Jura et à ses qualités de grimpeurs, Pingeon fut retenu pour disputer son premier Tour de France en 1965. Une grande boucle que celui qu’on allait surnommer plus tard « Pinpin » ou encore « l’échassier » (dû à son allure longiligne) allait terminer à la douzième place, obtenant au passage le Prix Alex Virot (du nom de l’ancien radio reporter, mort sur les routes du Tour de France en 1957) récompensant le coureur le plus loyal.

Sur le Tour de France 1967 face à Felice Gimondi (Collection l’Equipe)

La loyauté d’ailleurs, c’est qui allait caractériser ce coureur et une vertu que Pigeon allait cultiver tout au long de sa carrière. Mais dans un milieu où les coups fourrés et les embrouilles étaient légion, cette loyauté fera que le bugiste ne s’adapta jamais complètement au cyclisme professionnel. Marqué par une très grande sensibilité, il percevra toujours très mal certains us et coutumes et fera démonstration tout au long de sa carrière de réactions de rejet souvent qualifiées de découragement ou faiblesse de caractère, selon les observateurs de l’époque, mais qui marquaient surtout une forme de dégoût de la part de Roger Pingeon.

Dernier maillot jaune sacré sur la piste du Parc des Princes

Mais cela ne l’empêchera pas de compter à son palmarès de fantastiques victoires, au premier rang desquelles figurent le Tour de France 1967. Une grande boucle courue par équipes nationales, où il accomplit un véritable exploit athlétique en remportant en solitaire la cinquième étape à Jambes en Belgique et où il fut admirablement secondé par Raymond Poulidor sur les pentes du Galibier ou du Puy-de-Dôme pour résister aux assauts des Jimenez et autres Gimondi qui tentaient de le déboulonner. L’histoire retiendra d’ailleurs que Pingeon est le dernier coureur vainqueur du Tour de France sacré sur la piste du Parc des Princes où le Tour arrivait pour la dernière fois. Un Tour où Pingeon signera plus tard quelques exploits encore, en 1968 entre Font-Romeu et Albi où il s’imposait après 193 km d’échappée, ou encore en 1969 à Chamonix où il fut le seul à mettre quelques instants en difficulté, le belge Eddy Merckx qui débutait son règne sur le Tour de France. Et dire que quelques jours plus tôt, celui qui avait remporté le printemps précédent le Tour d’Espagne était tenté de quitter le Tour de France, écœuré par la domination du futur Cannibale.

La France se mobilise derrière Pingeon en 1967 (Collection l’Equipe)

Un coureur finalement iconoclaste, qui se singularisait à l’époque lors des jours de repos en allant pas rouler tout en adaptant ce jour-là, son régime alimentaire où il excluait toutes formes de matière grasse, mais aussi le sucre et la viande, ne consommant finalement que du poisson, des légumes crus et des fruits frais, influencé à l’époque par les méthodes de récupération et de massage d’un soigneur italien Leoni. Raccrochant le vélo en 1974, Roger Pingeon se retrouvait sur les routes du Tour de France en 1975, derrière le micro de TF1 aux côtés de Daniel Pautrat, devenant ainsi un des premiers consultants en matière de cyclisme à la télévision. Un rôle qu’il occupera près de vingt ans ensuite à la télévision Suisse Romande, jusqu’en 1998, aux côtés cette fois-ci de Bertrand Duboux avec qui il forma un duo apprécié des téléspectateurs.

Nul doute que lorsque le prochain Tour de France traversera les routes de l’Ain en juillet prochain, entre Nantua et Chambéry, la caravane aura une pensée pour celui dont elle aurait dû fêter le cinquantième anniversaire de sa victoire dans le Tour. A ses proches, à ses amis, la rédaction du Dérailleur présente ses plus vives et sincères condoléances.


Roger Pingeon en bref

Né le 28 août 1940 à Hauteville (Ain)

Professionnel de 1965 à 1974

1967 : vainqueur du Tour de France (plus une étape); 2e du Grand-Prix de Midi-Libre; 1968 : vainqueur de deux étapes du Tour de France, 2e du Grand-Prix de Baden Baden (avec Charly Grosskot); 1969 : vainqueur du Tour d’Espagne, 2e du Tour de France (vainqueur d’une étape), vainqueur de la Flèche Enghiennoise et 3e du circuit des Six provinces ; 1970 : 2e du circuit des Six provinces ; 1971 : 3e du Trophée Baracchi (avec Bernard Thévenet) ; 1972 : 2e du Tour de Suisse.