[dropcap size=small]M[/dropcap]ais que peut-il manquer à Chris Froome pour rentrer dans le gotha cycliste ? Car malgré son palmarès plutôt fourni, grâce principalement à ses trois grandes boucles, il ne semble pas encore de taille à marquer de son empreinte l’histoire de notre sport. Je ne reviendrais pas ici sur la nébuleuse qui peut parfois entourer les performances du britannique, mais plus sur le fait qu’il lui manque l’exploit sur une saison qui marque les esprits. Reconnaissons néanmoins son envie de le faire pourtant, en chassant notamment la Vuelta après avoir accroché le Tour de France quelques semaines auparavant. Deux grands tours dans la même saison, voilà ce qu’il faudrait pour obtenir le sceptre de grand champion (ou de très grand selon les sensibilités), mais désolé Chris, ce n’est pas le doublé Tour-Vuelta qu’il faut, mais bien le Giro-Tour.

Les performances de Chris Froome et Nairo Quintana sur la Vuelta en ayant un Tour de France dans les mollets, ont démontré qu’il est possible de jouer les premiers rôles sur deux grands tours consécutifs. Et pourtant, le doublé Giro-Tour semble de plus en plus inaccessible. A son corps défendant sans doute, Alberto Contador en échouant à deux reprises dans la quête de ce doublé, est en effet l’exemple que se couvrir de rose et de jaune est devenu terriblement compliqué la même saison. Mais quand on y réfléchit, il ne manque pas grand-chose pour que Marco Pantani (qui fut le dernier en 1998 à faire ce doublé) puisse avoir un successeur. Il suffit de se pencher un peu sur le calendrier.

Dans sa grande réforme de 1995, l’UCI eu l’idée de déplacer la Vuelta en septembre et d’avancer d’une quinzaine de jours le Tour d’Italie, espaçant ainsi l’arrivée du Giro du départ du Tour de cinq semaines au lieu de trois jusque-là. Tenant compte de ce nouveau calendrier, Miguel Indurain auteur du doublé Giro-Tour en 1992 et 1993, décidait cette année-là de renoncer à la conquête d’un troisième Giro pour ne pas compromettre ses chances de glaner un cinquième Tour de France. A compter de ce moment et à l’exception victorieuse de Pantani en 1998 et donc, des vaines tentatives de Contador, il est devenu impossible aux yeux des observateurs et surtout des prétendants à la victoire sur le Tour de France de réussir ce doublé que seuls les très grands ont accompli comme Coppi, Anquetil, Merckx, Hinault, Roche, Indurain et Pantani.

Il suffirait de pas grand chose, simplement que notre chère UCI (qui n’est plus à une réforme près) déplace d’une petite huitaine les dates du Tour d’Italie. Ainsi en repoussant d’une semaine le départ du Giro, nous retrouverions donc la même distance qu’entre l’arrivée sur les Champs-Elysées et le lancement de la Vuelta et qui semble rendre possible de jouer la victoire sur les deux épreuves. C’est une question qui mérite d’être posée, notamment au moment où est dévoilé le centième Giro d’Italia avec un parcours qui pourrait aiguiser les appétits de Romain Bardet ou Thibault Pinot, alors que ces deux coureurs doivent composer avec les ambitions de leurs sponsors qui ne jurent que par les retombées du Tour de France. Se poserait certes le problème d’une concurrence entre le Dauphiné et le Giro, dont le dernier week-end se chevaucherait avec le départ de l’épreuve française. Pour éviter cela, cette dernière pourrait se voir courir une semaine plus tard et offrir ainsi une alternative au Tour de Suisse. Après tout, Paris-Nice et Tirreno-Adriatico cohabitent bien ensemble en mars depuis de longues années… Et c’est finalement peut-être le prix à payer pour faire renaître une légende, celle du doublé le plus prestigieux qui puisse apparaître au palmarès d’un grand champion, le doublé Giro d’Italia-Tour de France.