[dropcap size=big]S[/dropcap]i aujourd’hui voir un coureur né sur le continent africain (Chris Froome leader du Tour 2016 à Luchon est né à Nairobi) porter le maillot jaune est devenu un fait habituel, la mondialisation du cyclisme n’en était qu’aux prémices en 1991. A Rennes en Bretagne, terre de ce sport, un américain était en tête du Tour dans une étape gagnée par un brésilien un quatorze juillet ! Une samba un jour de bal de fête nationale, avouez que ça avait de la gueule.

Rendez-vous manqué pour Jalabert

Après le premier contre- la-montre individuel qui avait ré-installé LeMond en tête du Tour de France, les baroudeurs avaient le droit de citer en direction de Rennes, où sur les routes bretonnes, un public ultra-nombreux étaient attendu en ce jour de fête nationale. Evidemment, nous misions sur les coureurs tricolores, ce qu’avaient compris les coureurs de l’équipe Toshiba. Héritière de l’équipe La Vie Claire, créée par Bernard Tapie, l’équipe française était à la recherche d’un nouveau partenaire pour poursuivre son aventure. En plaçant trois hommes dans l’échappée décisive, dont un certain Laurent Jalabert, l’opération communication était en ordre de marche. Accompagnés de Thierry Bourguignon et de Henri Abadie, celui qu’on n’appelait pas encore Jaja voyait-là une occasion en or de s’offrir un premier succès sur la route du Tour. Réputé pour sa pointe de vitesse (quatrième à Argentan notamment) et ses aptitudes de coureur passe partout y compris en moyenne montagne, il était même là en position idéale dans une échappée composée de dix coureurs (aux trois Toshiba s’ajoutaient Guido Bontempi, Giueseppe Calcaterra, Johan Bruyneel, Massimiliano Lelli, Mauro Ribeiro, Dimitri Konyshev et Edwig Van Hooydonck).

Première brésilienne sur le Tour, Ribeiro devance Jalabert à Rennes (Photo: Presse Sports)
Première brésilienne sur le Tour, Ribeiro devance Jalabert à Rennes (Photo: Presse Sports)

Hélas, c’était sans compter sur l’audace d’un carioca né à Curitiba, Mauro Ribeiro, l’appelé de dernière minute pour palier au forfait de Philippe Bouvatier sur blessure. Sous la flamme rouge, alors qu’un boulevard s’ouvrait à Jalabert, Ribeiro prit la poudre d’escampette et tenta le coup du kilomètre. Celui dont on raillait la présence dans le peloton, soupçonné de n’être là que pour des raisons mercantiles (Marc Braillon, patron de RMO, ayant des intérêts économiques au Brésil) s’offrait un numéro de costaud à la Nijdam (un classique de l’époque) et priva Jalabert d’un premier rendez-vous avec la gloire le quatorze juillet. Pour le mazamétain, ce ne serait que partie remise on le sait, pour le Brésil c’était là une première sur la route du Tour. Les prémices de la mondialisation disions-nous…

Les classements

9e étape Alençon-Rennes 161 km

  1. Mauro Ribeiro (Bré-RMO) en 3h 40 min 51 sec
  2. Laurent Jalabert (Fra-Toshiba)
  3. Dimitri Konyshev (URSS-TVM)
  4. Giueseppe Calcaterra (Ita-Gatorade)
  5. Massimiliano Lelli (Ita-Ariostea)
  6. Guido Bontempi (Ita-Carrera) tous m.t
  7. Edwig van Hooydonck (Bel-Buckler) à 2 sec
  8. Johan Bruyneel (Bel-Lotto) à 4 sec
  9. Thierry Bourguignon (Fra-Toshiba) m.t
  10. Henri Abadie (Fra-Toshiba) à 18 sec
Journée tranquille pour LeMond qui discute ico avec Gianni Bugno (Photo: Billon - Edition Spéciale 1hs - Collection Olivier Perrier)
Journée tranquille pour LeMond qui discute ico avec Gianni Bugno (Photo: Billon – Edition Spéciale 1hs – Collection Olivier Perrier)

Classement général

  1. Greg LeMond (EUA-Z) 35h 39 min 32 sec
  2. Erik Breukink (PB-PDM) à 1 min 13 sec
  3. Djamolidine Abdoujaparov (URSS-Carrera) à 1 min 15 sec
  4. Miguel Indurain (Esp-Banesto) à 2 min 17 sec
  5. Jean-François Bernard (Fra-Banesto) à 3 min 11 sec
  6. Sean Kelly (Irl-PDM) à 3 min 51 sec
  7. Gianni Bugno (ita-Gatorade) m.t
  8. Thierry Marie à 4 min 10 sec
  9. Raul Alcala (Mex-PDM) à 4 min 14 sec
  10. Luc Leblanc (Fra-Castorama) à 4 min 20 sec

Maillot vert: Djamolidine Abdoujaparov (URSS-Carrera)

Maillot à pois: Peter De Clercq (Bel-Lotto)