Aujourd’hui, à Besançon, se déroule la suite et fin des championnats de France de cyclo-cross. Et sur le coup de 15 heures, l’épreuve élite viendra conclure ce week-end, sans les caméras de France Télévisions. Nous n’entendrons donc pas Jean-René Godart nous commenter la lutte entre le jeune impétueux Clément Venturini et l’octuple champion de France, Francis Mourey. Jean-René Godart, peut-être un des commentateurs cyclistes les plus décriés ces dernières années. Injustement? Ou pas? A vous de juger…

Un formidable radio-reporter…

Je parle-là d’un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître. Etudiant en journalisme à Strasbourg, Jean-René Godart à fait ses premières armes en presse écrite, stagiaire à l’Union de Reims durant deux étés, il rejoignit ensuite la rédaction du groupe Télé Magazine. Mais c’est plus tard, en 1974, que ce jeune journaliste alors âgé de 24 ans embrassa la carrière de Radio-Reporter, en rentrant à Europe 1. Au sein de la radio périphérique, Godart cotoie des grands noms de la radio comme Philippe Gildas, mais surtout deux grands journalistes sportifs, Roger Couderc et Robert Chapatte.

J’étais entré dans une école de journalisme permanente où l’on pratiquait sur la meilleure gamme, la culture de l’info. (Jean-René Godart – Cyclisme International juillet 1994)

Trois ans plus tard, il entre au service des sports où Couderc et Chapatte ne sévissent plus, revenus à leurs premières amours télévisuelles avec la naissance d’Antenne 2. A ses côtés pour commenter le cyclisme, il peut compter sur un consultant de prestige qui fut son idole plus jeune et qu’il considérait comme son maître en matière de cyclisme, le regretté Jacques Anquetil. Vissé sur le tansad de sa moto de direct, Godart micro en main raconte à des millions d’auditeurs les exploits de Bernard Hinault, de Laurent Fignon, de Greg LeMond ou de Miguel Indurain sur les routes de Tour. Et si il est aujourd’hui décrié en télévision, il faut dire que le bougre savait s’y prendre en radio.  Marc Madiot qui fut son consultant en 1993 et 1994 en témoigne, en racontant comment Godart commenta l’arrivée à Isola 2000.

Il ne se passait rien, époque Indurain, tempo,tout au train. Godart à fait un show! Le mec dans sa bagnole avait l’impression de vivre un final exceptionnel. Alors qu’il ne se passait rien. Il ne racontait pas de connerie. Mais il créait l’évènement. ( Marc Madiot dans Parlons vélo, éditions Talent Sport)

Pour avoir été un de ses auditeurs lors de l’étape de Mulhouse sur le Tour de France 1992, la dernière gagnée par Laurent Fignon, votre serviteur ne peut qu’acquiéscer, Godart savait faire vivre une course de vélo en radio. Les difficultés de LeMond en début d’étape ou le raid fabuleux de Fignon, aucun détail ne manqua grâce à Jean-René. Le hic, c’est que Jean-René Godart transposa sa méthode de commentaire à la télévision, sans s’adapter ou presque à la petite lucarne.

…Devenu homme de télévision

Recruté en septembre 1994 en tant que rédacteur en chef des sports des JT de France 2, Jean-René Godart accéda très vite aux commentaires cyclistes des retransmissions de France 2 et France 3. Sa première prestation fut le championnat de France 1995 de cyclo-cross à Cublize dans le Rhône. Un quasi monologue, où ses interlocuteurs du jour (Jean-Yves Plaisance jouant le rôle de consultant ou Jean-Paul Ollivier) n’eurent quasiment pas de temps d’antenne. Transition difficile pour Godart. Il se montra plus à l’aise sur l’une des motos sons, où Patrick Chène comptait sur les réflexes d’homme de radio de Godart, pour que ce dernier puisse décrire les évènements échappant aux caméras. Chêne parti aux commandes du JT de 13h, Godart fut promu aux commentaires sur la ligne d’arrivée aux côtés de Bernard Thévenet (à l’exception notable du Tour de France, où il fut barré par Patrick Chêne ou Chrsitian Prudhomme), avec ce défaut récurrent, commenter à la télévision comme il le faisait en radio, oubliant que le téléspectateur contrairement à l’auditeur, avait déjà le bénéfice de l’image. Cela ne l’empêchera pas d’être en poste pendant plus de 10 ans (hors Tour de France donc), avant que Thierry Adam ne lui succède (ce qui n’a peut-être pas plus rendu heureux les téléspectateurs fans de vélo).

L’ami de Lance

Avec l’exposition offerte par la télévision, Godart a certainement pris goût à une forme de vedettariat. Le sien tout d’abord, car ses saillies verbales notamment lors des épreuves sur pistes de JO l’ont rendu plus que célèbre et celui de Lance Armstrong, dont il s’autoproclama l’ami. A force de côtoyer ce dernier en course, ou pour de nombreuses interviews, on a pu sentir un manque de discernement quant aux performances de l’américain. Soyons honnête, il ne fut pas le seul, mais franchement Jean-René? Ce bracelet jaune toujours très en vue sur le poignet? C’était obligé?

Un amoureux de la petite reine

Si la télévision a abîmé son talent de commentateur et quelque peu surdimensionné son égo, il n’en reste pas moins que Jean-René Godart conserve une qualité, celle d’aimer profondément le vélo et toutes ses variantes. Route, piste, cyclo-cross, VTT, il n’a jamais feint son enthousiasme pour le cyclisme. Cela n’excuse pas ces approximations au micro, tous ces noms de coureurs écorchés, surtout celui des jeunes générations (Raymond Bardet, si tu nous lis, on te salue). A l’heure de l’influence des réseaux sociaux, cela ne pardonne pas. Mais franchement, avouez-le, ne pas entendre Jean-René cet après-midi, ça va un peu nous manquer non?