[dropcap size=big]E[/dropcap]t dire que c’est la Doyenne, Liège-Bastogne-Liège la plus ancienne de nos classiques, nos monuments. Par essence, ce devrait être celle qui en appelle le plus à ce parfum de courses à l’anciennes telles que devraient être nos classiques. En plus cette année la neige avait décidé d’y mettre son grain de sel ! Peine perdue, cette 102ème édition de Liège-Bastogne-Liège a été terriblement insipide, ce qui n’empêche pas de tirer un grand coup de chapeau à l’ensemble du peloton qui a encaissé une météo à ne pas mettre un poil aux pattes dehors.

Une doyenne ennuyeuse

Durant les jours qui ont précédés ce Liège-Bastogne-Liège, l’accent fut mis sur la météo annoncée comme exécrable, et elle le fut, mais aussi sur cette dernière difficulté ajoutée entre la côte de Saint-Nicolas et celle d’Ans, la côté de la rue Naniot. L’une comme l’autre ont été les vedettes aujourd’hui. La première en laminant les coureurs tout au long des 253 kilomètres de course, en offrant cette alternance de giboulées de neige et de rares moments ensoleillés peinant à réchauffer le cœur et les jambes de nos champions. La deuxième a rempli son office, puisque c’est dans cette ascension que le bon coup s’est dessiné. A ce propos, il est assez délicieux de noter que c’est une côte pavée qui a décidé du final d’une classique ardennaise. Outre cela, cette doyenne nous aura ennuyés, alors que sur le papier, elle possède les arguments pouvant faire d’elle une reine parmi les classiques. Un plateau relevé, c’est la seule qui se peut se targuer de séduire des vainqueurs potentiels de Grands Tours sur sa liste de départ, un dénivelé à faire rougir une belle étape de montagne et un enchaînement de difficultés sur le chemin de Bastogne à Liège, offrant un terrain parfait pour les hommes forts (NDLA: j’aurais bien dit grosses cylindrées, mais en ce moment, c’est un terme des plus sensibles dans la communauté cycliste). Las, c’est sans compter sur ce cyclisme moderne qui tend parfois à rendre soporifique les courses à étapes et qui s’attaque parfois à nos monuments. Le meilleur exemple ? La tactique employée par la Movistar, puis l’équipe Etixx aujourd’hui, en se positionnant en tête de peloton, dans ce style de rouleau compresseur annihilant toutes velléités offensives d’envergures. Pour les équipiers de Valverde, qui fanfaronna pas mal d’ailleurs dans ses déclarations d’avant course et ceux du duo Dan Martin-Julian Alaphilippe, il fallait tout contrôler jusqu’à l’enchaînement St-Nicolas, rue de Naniot et Ans, pour que leurs leaders s’expriment. On pourra toujours manier l’ironie en disant que c’était une idée de génie à l’issue de ce Liège-Bastogne-Liège.

Un final a redessiner

Outre les ingrédients de ce cyclisme moderne que l’on pointe souvent du doigt, lorsque l’on s’ennuie devant nos plus belles classiques, c’est la construction du parcours de la doyenne que l’on peut remettre en cause. Ce week-end a circulé quelques articles persiflant sur l’endroit où est tracé la ligne d’arrivée depuis 1992 lorsque la course quitta le centre de Liège pour ses faubourgs à Ans, puis depuis 1996 où, toujours à Ans, on se dispute la gagne devant le parking d’un centre commercial. En traçant la ligne d’arrivée là-bas, on retira, en quelques sortes, aux côtes de la Redoute et des Forges leurs rangs de juges de paix. Depuis, l’organisation s’évertue à trouver des côtes dans les faubourgs de la cité ardente pour rendre le final plus explosif. La côte de Saint-Nicolas fut de celle-ci en 1998 et on l’adopta dès ses premières apparitions car elle permit à Bartoli, mais surtout à Vandenbroucke en 1999, d’aller construire leurs victoires sur la doyenne. Mais ces derniers procédèrent d’abord à une attaque sur les pentes de la Redoute afin d’user une première fois leurs adversaires. Ces dernières années, ce lieux où le fan club de Philippe Gilbert se réunit pour pousser l’enfant du pays, a perdu son côté décisif, que la côte de Saint-Nicolas lui a subtilisé. Pour rendre le final moins monotone, on a bien eu droit à l’ajout de la côte de la Roche aux Faucons, servant de tremplin à Andy Schleck en 2009. Mais plus les années passent et plus les coureurs attendent le dernier moment pour griller leur cartouche. En incorporant la côte de la rue de Naniot après celle de Saint-Nicolas, on a juste retardé le « money time » de la doyenne à tout juste trois kilomètres de la ligne. Eu égard à son prestige, c’est assez triste. Pour la rendre encore plus sexy, il faudrait peut-être songer à ramener la ligne d’arrivée sur le célèbre boulevard de la Sauvenière (Ah…Cet aller-retour sur cette artère de la ville), pour que l’arrivée de la course renoue avec la ville de Liège, même si celui-ci fut abandonné au début des années 90, car jugée trop loin des dernières côtes. Mais de cela, nous avons le temps d’en reparler, le contrat liant la ville d’Ans à ASO (organisateur de la doyenne) courant jusqu’en 2018, on ne pourra envisager de voir un tel changement ces trois prochaines années. D’ici là, il faudra songer éventuellement à repenser au moins l’approche des faubourgs de la cité ardente, histoire de ne plus avoir ce sentiment d’ennui le dernier dimanche d’avril.

Première pour Sky

En attendant, on en connait un qui ne partage pas cet avis ce soir, le manager de la Sky Dave Brailsford, qui peut savourer ce soir son premier succès sur une classique majeure du calendrier. Chantre du cyclisme moderne, Sir Brailsford ne peut-être qu’heureux de la victoire du longiline Wouter Poels. Le batave met également fin à une très longue période de disette pour ses compatriotes qui attendaient depuis 1988 un successeur à Adrie Van der Poel. Poels aura donc emboîté le pas d’Albasini, en compagnie de Samuel Sanchez et de Rui Costa dans les dernières pentes de la côte de la rue de Naniot, le seul coup de la journée pouvant jouer la gagne aujourd’hui. Le reste de l’épreuve ressemblant au déroulement d’une étape de pleine sur un Grand Tour, à savoir une échappée matinale, quelques coups éparses et un peloton, lessivé par cette météo terrible (on insistera jamais assez là-dessus) contrôlé par les équipes de leaders façon rouleau-compresseur. Quant à nous autres tricolores, nous attendrons une année de plus pour trouver celui qui destituera Bernard Hinault du rang de dernier vainqueur français, tout en notant que le premier des bleus est Warren Barguil (6ème), ce qui est remarquable, trois mois après le terrible accident dont il fut victime avec ses co-équipiers de Giant-Alpecin en Espagne. De quoi se donner rendez-vous l’année prochaine sur la Doyenne, car même si aujourd’hui elle nous aura déçu, on lui sera fidèle l’année prochaine.