Je vais tuer le suspens dans l’œuf : oui le Slovaque Peter Sagan est le nouveau champion du monde ! Pas besoin de vous raconter la course durant laquelle on s’est ennuyé à mourir jusqu’à la dernière bosse pavée à 3km de l’arrivée et qui a vu le démarrage intense et magistral de Peter Sagan. Voilà en quelques mots le résumé de la course, passons maintenant à l’histoire, celle du cyclisme, celle de Sagan et la mienne ! Pourquoi la victoire de Peter Sagan est l’une des plus belle chose qui arrive au cyclisme ? Parce que le slovaque sidère, attire l’attention, surprend, étonne, choque, déroute, bref il est un grand champion, et je l’ai vécu de l’intérieur. Souvenirs…

Le 22 juillet dernier je remporte après avoir joué sur un réseau social, deux places pour assister à la dernière étape du Tour sur les Champs-Elysées, le rêve de gosse! Même si j’ai assisté à une bonne vingtaine de passages, arrivées ou départs d’étapes du Tour, me voilà enfin sur les Champs-Elysées! Passé la déception de la journée sous la pluie, je vibre et tremble comme un gosse à l’approche du peloton. Le bruit des roues sur les pavés, le bruit des dérailleurs, des rayons, je prend une énorme bouffée d’oxygène et je vais en prendre une deuxième quelques heures plus tard mais je ne le sais pas encore.

L’étape se termine à 19h04 par la victoire au sprint de Greipel, dès lors, placé trop loin du podium, je me décide à aller rencontrer les coureurs à leurs bus garés derrière notre tribune. Le premier bus est celui de la Saxo-Tinkoff, mon équipe de cœur je vous l’avoue, étant un immense fan du Pistolero Contador bien avant ses déboires avec un steak, dés le début de sa carrière. Je me dis que je vais approcher les deux coureurs que j’admire le plus l’espagnol et un prodige slovaque de 25 ans. Je vous passe ma rencontre avec l’espagnol, souriant, immense champion qui discute avec le public, qui fait la bise à des enfants et signe des autographes à la pelle, c’est une immense star du peloton et même le passage du maillot jaune derrière nous, ne nous fera à peine tourner la tête.

sagan sergei
Souriant, détendu, disponible…Bref, une bénédiction pour le monde cycliste (photo: Sergeï Gauthier)

Mais ce que beaucoup d’entre nous attends secrètement c’est l’arrivée du jeune slovaque. A coté de moi une adolescente d’une quinzaine d’année, un drapeau slovaque sur les épaules, et deux drapeaux slovaque sur chacune de ses joues. Je l’ai vite deviné, elle n’attends qu’une chose, le maillot vert, qui ne vient pas, pris par le protocole mais surtout pris par… Sa façon d’être. Je lève alors la tête et aperçois le maillot vert à 100m. Il mettra plus des heures pour arriver au bus, oui des heures, il signe des autographes, embrasse des enfants, accorde des interviews, ses coéquipiers ayant eu marre de l’attendre sont déjà partis à la douche, Contador et compagnie sont déjà monté dans les voitures, mais la foule reste pressante, dense autour du bus. Je me permets de dire à la jeune adolescente à coté de moi « je vois Sagan il arrive », j’ai su à ce moment là que j’allais approcher un champion. Une vraie bouffée d’air frais pour le cyclisme, je l’ai vu dans les deux larmes qui perlaient sur les joues de cette jeune fille…

Et puis Peter Sagan est enfin arrivé au bus, souriant, patient et disponible, il est alors 20h47 ! La lumière avait baissé, mais le ciel laissait désormais passer un rayon de soleil. Un rayon de soleil ? Oui, Sagan en est assurément aussi un pour le cyclisme. Nous avons discuté, pris une photo, et je suis parti, j’étais sur mon nuage, comme un enfant qui vient d’ouvrir ses cadeaux de Noël. En repartant à mon hôtel ma compagne me demande innocente « Pourquoi tu l’aimes tant Sagan ? », je lui réponds bêtement « Par ce que c’est Sagan, çà ne s’explique pas ». Ce soir là je ne le savais pas encore mais après la pluie et le soleil sur les Champs, je venais de rencontrer un arc-en-ciel, non pas dans le ciel, mais pour le cyclisme. Ce soir devant les championnats du monde j’ai repensé à tout ce monde qui attendait massé devant le bus Saxo-Tinkoff à quasiment 21h, ce 26 juillet, à l’heure ou bon nombre d’autres bus étaient déjà partis. Je repense à ces adolescentes qui ont dû pleurer devant leur télévision ce soir, et je me dis qu’assurément cette victoire fait du bien au cyclisme, elle est celle d’un mec ouvert, disponible, souriant, un mec qui à 25 ans a déjà plus de 75 victoires à son palmarès, plusieurs étapes sur le Tour et la Vuelta, des maillots verts et désormais un maillot arc-en-ciel mais surtout il a déjà conquis les cœurs…