Si en France nous avons beaucoup parlé du forfait de Nacer Bouhanni sur Milan-San Remo, un autre des prétendants à la victoire a dû lui aussi renoncer pour le premier monument de la saison, l’allemand John Degenkolb. Étincelant il y à trois ans, quand il s’imposa sur la Via Roma puis à Roubaix, celui-ci court bien malgré lui après le temps perdu. 

Mars 2015, John Degenkolb remporte Milan – San Remo. Auteur d’un sprint tout en puissance sur la Via Roma le coureur de la Giant-Alpecin peut lever les bras devant Alexander Kristoff pourtant idéalement emmené par Luca Paolini. Degenkolb ne sait pas encore que à peine quelques semaines plus tard il va connaître les joies d’une victoire sur le vélodrome de Roubaix, le dernier à avoir fait ce doublé était Sean Kelly en 1986, preuve de la performance réalisée. À l’époque il cohabite avec Marcel Kittel, la relève du sprint allemand à eux deux, même si en cette année 2015 Kittel ne connaît pas la même réussite. Il ne sera pas sélectionné sur le Tour de France, Degenkolb si, figurant à sept reprises dans le top 10 d’étapes et concluant sa saison par un succès sur la Vuelta à Madrid, sa onzième et sa dernière sur un Grand Tour pour l’heure.

Une carrière ascendante mise à mal par un sévère accident

Le cours de cette carrière ascendante s’est trouvé mis à mal à la suite d’un sévère accident en janvier 2016 touchant plusieurs coureurs de l’équipe Giant-Alpecin en stage en Espagne à Calpe. Fauché par une voiture le coureur allemand en ressort très touché, opéré du poignet ainsi que d’une fracture à l’avant bras souffrant aussi de blessures à la main et sur le haut de la jambe. Victime de cet accident également, Warren Barguil avait alors témoigné du choc psychologique très important de cette journée mais de comment sa vision du quotidien et de son métier avait évolué par rapport à ça, phénomène aussi logique que compréhensible.

Ceci est forcément à prendre en compte dans la lecture de la carrière de Degenkolb à partir de 2016, car si celle-ci est en soi très honorable elle n’égale peut-être pas ce qu’il était possible d’attendre après les performances de haut vol réalisées par l’allemand. Son retour à la compétition s’effectue en mai 2016 sur le Grand Prix de Francfort, qu’il ne finit pas, puis sur le Tour de Californie. Une année qu’il finira mieux qu’il ne l’avait commencé avec deux victoires : une sur le Tour de Münster, l’autre sur l’Arctic Tour of Norway. Belle façon de conclure une saison de « transition » en quelque sorte. Transition vers une nouvelle équipe aussi, Degenkolb s’étant engagé avec la Trek-Segafredo pour la saison 2017 avec la mission officieuse de remplacer Fabian Cancellara sur les classiques.

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Celle-ci s’ouvre d’ailleurs sous les meilleures augures avec une victoire sur le Tour de Dubaï et une troisième place au classement général de la course, la campagne de classiques printanières ne faisant que confirmer cela : 7e à Milan – San Remo, 5e sur Gent – Wevelgem, 7e sur le Tour des Flandres et 10e sur Paris-Roubaix. Difficile alors de se dire qu’il n’est pas revenu à son meilleur niveau mais la deuxième partie de saison se trouve être d’une toute autre facture. Une deuxième place à Bergerac sur le Tour de France mais il sera surtout retenu de sa Grande Boucle son incident avec Matthews à Romans-Sur-Isère où il finit troisième, mais ce sont ses deux seuls top 10 de l’épreuve. S’en suit une Vuelta stoppée dès la quatrième étape pour des problèmes respiratoires et un forfait pour les championnats du monde.

Une victoire sur une grande course pourrait le remettre sur les bons rails

Dès lors son regard est tourné vers 2018. Ce qui semble lui réussir. Deux premiers jours de course, deux victoires sur le Trofeo Porreres-Felanitx-Ses Salines-Campos et le Trofeo Palma mais à chaque fois face à une concurrence peu relevée. Qu’importe si cela peut amener de la confiance, mais cela s’avère plus compliqué par la suite. Un Tour de Dubaï traversé assez anonymement et une neuvième place sur l’étape Orsonville – Vierzon remportée par Dylan Groenewegen sur Paris-Nice qu’il ne finira pas, non partant à Sisteron.

Voici qui amène à porter un regard mêlant tristesse et regrets sur les précédentes saisons d’un coureur très talentueux et dont la carrière aurait pu prendre un meilleur chemin. Une carrière bien malheureusement marquée de l’empreinte de cet accident, que Degenkolb semble d’ailleurs lassé d’évoquer dans ses entrevues avec la presse. Mais il est impossible de passer outre l’influence de cet épisode sur sa carrière même si ses répercussions, tant psychologiques que physiques, ne peuvent pas être quantifiées. Le coureur de la Trek-Segafredo reste un cycliste très solide et complet mais désormais apparaissant plus comme un outsider que comme un vainqueur potentiel sur la ligne de départ. Une victoire sur une grande course pourrait le remettre sur les bons rails, surtout qu’il n’a que 29 ans. Mais ce ne sera pas sur la Via Roma ce samedi, malade, Degenkolb a du renoncer cette semaine à la Primavera. Néanmoins déterminé, l’allemand compte bien se rappeler à notre souvenir sur les classiques du mois d’avril.