Un vieil adage veut que l’on ne change pas une équipe qui gagne. Il faudrait alors tout revoir pour une équipe qui perd, c’est le choix opéré par Cofidis lors de la dernière intersaison. Quoi que l’on exagère un peu, l’année 2017 étant de bonne facture avec la première place de Nacer Bouhanni au classement individuel et la deuxième place de l’équipe au classement par équipes de l’Europe Tour UCI. 13 victoires au total l’an passé pour Cofidis, mais avec sept pour son sprinter vedette qui, pour poursuivre avec les expressions communes, est l’arbre qui cache la forêt. Exit donc Yvon Sanquer, Cédric Vasseur se voit confier les rennes de l’équipe et l’ancien de la maison nourrit de grandes ambitions.

Plus les années passent et plus la Cofidis s’enlise dans la deuxième division du cyclisme mondial depuis 2010 année de sa rétrogradation, à moyen terme Cédric Vasseur espère que son équipe va se refaire une place parmi le World Tour. Pour cela il faut avant tout gagner, le nouveau manager de l’équipe avance l’objectif de 20 victoires cette saison. Pour atteindre ce but la philosophie, de l’équipe est repensée. Si celle-ci tournait autour de son leader Nacer Bouhanni auparavant elle s’est peut-être perdue dans cette dynamique ou en tout cas le potentiel du reste de l’équipe n’était peut-être pas alors exploité au mieux.

Des résultats encourageants

Le choix fait pour cette saison 2018 est alors de miser sur plusieurs tableaux, une volonté mise en application de par le recrutement d’abord, avec le champion d’Espagne Jesus Herrada et son frère José Herrada. Les anciens pensionnaires de la Movistar ont été embauchés pour que l’équipe puisse se distinguer sur d’autres terrains que les sprints massifs, une équipe qui lors de cette intersaison a perdu deux coureurs prometteurs avec Clément Venturini passé chez AG2R La Mondiale et Florian Sénéchal parti chez Quick-Step. Qu’importe tant le vivier des coureurs présents semble intéressant. Pour superviser ce groupe Cédric Vasseur a fait appel à un directeur sportif d’expérience en la personne de Roberto Damiani avec toujours l’idée de passer d’un homme fort à un groupe fort.

Christophe Laporte, un coureur en qui Cédric Vasseur croit fort (© Pauline Ballet/Team Cofidis)

Après un peu plus de deux mois de course il faut dire que les résultats sont assez encourageants et que l’équipe arrive à se diversifier en voyant plusieurs coureurs capables de briller. Le premier d’entre eux était assez attendu, mais force est de constater qu’il répond aux attentes : déjà trois victoires pour Christophe Laporte, la première sur l’Étoile de Bessèges puis ensuite deux étapes sur le Tour de la Provence. Et si il ne lève pas les bras le varois se distingue de bien belle façon, deux tops 10 sur Paris-Nice, une treizième place sur Milan – San Remo et plus récemment une quatrième place sur Gand – Wevelgem. Cofidis se montre également en Coupe de France, sur les trois premières épreuves l’équipe nordiste a toujours placé un coureur parmi les six premiers avec Jesus Herrada 4e du GP La Marseillaise et Hugo Hofstetter 2e du GP de Denain et 6e de la Classic Loire Atlantique.

Ce dernier, âgé de seulement 23 ans, est sûrement la révélation de ce début de saison pour Cofidis avec en plus une 2e place sur Cholet – Pays de Loire et deux top 10 sur Nokere – Koerse et Les Trois Jours de Bruges – La Panne. Venu de Topsport Vlaanderen, Bert Van Lerberghe, s’est lui aussi distingué en Belgique avec sa septième place sur le Het Nieuwsblad. Les Espagnols de l’équipe répondent présents avec Jesus Herrada 5e sur le Tour de la Communauté de Valence et 4e sur le Tour d’Oman, sur la même épreuve Daniel Navarro se classe 7e au général. Mais plus que les résultats le bon début de saison est reflété par l’émergence de coureurs tels que Dorian Godon, Mathias Le Turnier ou Anthony Turgis, de jeunes coureurs chez qui l’envie de bien faire est présente.

Quid de Nacer Bouhanni?

C’est en ça que cette équipe Cofidis est intéressante, avec ces espoirs qui mettent le nez à la fenêtre et qui peu à peu grappillent des places dans les classements. Qu’importe si les 20 victoires données en objectif ne sont pas atteintes, la saison peut-être réussie si il se constitue un groupe de jeunes talents capables d’éclore et de porter l’équipe dans les années à venir. Mais aussi un groupe capable de gagner avec plusieurs coureurs et sur plusieurs tableaux, cela vaut déjà pour cette année avec Laporte en fer de lance et à l’aube d’une belle saison si il poursuit sur ce rythme, cela pourrait donner des idées à Julien Simon également, juste de retour en cette fin du mois de mars après une opération l’hiver dernier.

Moins de responsabilité pour Nacer Bouhanni, pour meiux se relancer? (© Mathilde l’Azou/Team Cofidis)

Quid de Nacer Bouhanni ? Cela reste une grande interrogation, après un bon Tour de Dubaï conclut à la sixième place en signant trois top 10 le sprinter s’est fait plus discret, ne finissant ni Paris – Nice, ni le Tour de Catalogne ses deux dernières courses. Mais de son début de saison il reste surtout l’imbroglio de sa participation à Milan – San Remo, l’un de ses objectifs affichés de la saison. Non sélectionné pour cette compétition son équipe avance une raison médicale avec un coureur pas assez rétabli d’un bronchite. L’intéressé dément cette version et évoque plutôt un choix sportif, de fait le laissant de côté. Est-ce que la stratégie de ne plus faire de Nacer Bouhanni le leader unique de l’équipe l’a finalement desservi ? Cela reste à voir. Surtout que la saison est encore longue, un coup d’éclat de l’ex-champion de France, à la recherche d’une victoire en World Tour depuis juin 2016, pourrait le relancer. Et pourquoi pas sur le Tour de France où Cofidis est à la recherche d’un succès depuis 10 ans désormais, la dernière en date étant celle de Sylvain Chavanel à Montluçon, un moyen de conjurer la malédiction qui semble le poursuivre sur la Grande Boucle mais aussi de montrer que Cofidis est bien de retour.