L’étape d’aujourd’hui était finalement un concentré d’étapes de plaine classique du Tour de France. Une échappée entamée dès le km zéro, reprise dans le final de l’étape et un sprint précédé deux chutes types carnage, avant le premier succès tricolore signée par le champion national, Arnaud Démare. Une étape normale de première semaine en somme jusqu’à ce que le jury des commissaires annoncent sur le coup de 19h l’exclusion de Peter Sagan ! De quoi faire exploser Twitter et exciter les protagonistes de l’intégrale Tour de RMC…

Le temps de faire un dernier bisou à la famille Schleck à Mondorf-les-Bains et les 195 rescapés du Tour ont donc rejoint Vittel, où le sprint ne fut pas aussi clair que l’eau minérale locale. Avant cela, rendons grâce à Guillaume Van Keirsbulck qui, très courageux, prit la poudre d’escampette dès le baisser du drapeau de Christian Prudhomme. Néophyte du Tour, comme l’ensemble de son équipe Wanty-Groupe Gobert, le Belge apprendra donc qu’avant de se lancer dans une telle galère, il est bon de faire un petit sondage durant le fictif pour recruter quelques compagnons d’infortune. Au moins nos amis belges justifient l’invitation lancée par ASO et auront exploité pleinement le fait que depuis cette année, toutes les étapes sont retransmises en intégralité. Près de cinq heures de temps d’antenne (un peu moins pour ceux qui ont succombé à la petite sieste que les canapés savent fournir souvent de manière fourbe), tout n’est pas donc perdu pour Van Keirsbulck et son équipe qui se sont offert ici une belle visibilité.

Pas un motard pour tenir le crachoir à Van Keirsbulck, c’est parfois ingrat la vie de l’échappé solitaire sur le Tour (© ASO/Pauline BALLET)

Mais c’est bien le dénouement de l’étape et ses conséquences qui feront donc que l’on se souviendra de cette arrivée à Vittel. Après une chute avant le dernier kilomètre, dans laquelle le maillot jaune Geraint Thomas se trouvait encore après celle sur la route de Liège, écartant également Marcel Kittel, la mise en place de l’emballage final se trouvait déjà chaotique, avant que celui-ci vire pas loin du carnage. Lancé à pleine balle, Sagan ne voit probablement pas dans un premier temps Mark Cavendish remonter le long des balustrades, mais le champion du monde en titre lui ferme la porte en écartant le coude, geste fatal. Cavendish s’écrase sur les barrières, y laisse une épaule salement endolorie et par ricochet Ben Swift et John Degenkolb sont envoyés goûter au bitume vittellois. Un sacré strike, qui motivera donc le jury des commissaires à déclasser donc Peter Sagan avant de l’exclure deux heures plus tard.

Flamme rouge – Étape 4 / Stage 4 – Tour de… par tourdefrance
De quoi éclipser le premier succès sur le Tour de France d’Arnaud Démare, premier tricolore a remporter une étape au sprint depuis Jimmy Casper, non loin de là à Strasbourg en 2006. Une victoire qui lui permet aussi de se parer de maillot vert, le premier pour les français depuis Sylvain Chavanel qui s’en emparait à Spa en 2010 en plus du maillot jaune. Une victoire qui ne peut souffrir d’aucune contestation, si ce n’est que la trajectoire emprunté dans le final par le champion de France a également apporté son lot de commentaires. En lançant son dernier effort, il vient couper la trajectoire de son rival de toujours, Nacer Bouhanni qui dans le même cas aurait pu se voir tirer les oreilles. Passons…Il suffira au Vosgien de la Cofidis d’en claquer une sur ce Tour pour être le premier français à s’imposer sur une étape des trois Grands Tours depuis Jalabert, car on semble l’oublier, Bouhanni s’est déjà imposé sur le Giro et la Vuelta. De quoi nous rappeler que nous possédons une belle génération dorée en matière de sprint en France et sur sa condition, Arnaud Démare ne vole pas sa victoire.

Mais tout ça demain sera mis entre parenthèse, le Tour arrive à la Planche des Belles-Filles où à chacun de ses passages, celui qui s’est emparé de jaune l’a ensuite emporté à Paris. Le premier des cinq massifs de ce Tour promet déjà.


Deux stats

Arnaud Démare est le septième français vainqueur au sprint depuis 1977. Jacques Esclassan , Bernard Hinault, Francis Castaing (sur tapis vert), Frédéric Moncassin, Jean-Patrick Nazon et Jimmy Casper sont ses prédécesseurs. Une liste à laquelle certains ajouteront Thierry Marie, vainqueur à Tours en 1992, mais le normand avait anticipé le sprint aux 800 mètres sur l’avenue de Grammont pour s’imposer devant Jelle Nijdam, spécialiste du genre.

Il est ensuite depuis trente ans le neuvième tricolore à prendre la tête du classement par points après Thierry Marie (1990 et 1991), Richard Virenque (1992), Laurent Jalabert (1992 et 1995), Frédéric Moncassin (1996), Christophe Moreau (2001), Jimmy Casper (2006) et Sylvain Chavanel (2010). Laurent Jamabert étant le seul parmi eux à l’avoir emporté à Paris en 1992 et 1995.