[dropcap size=small]S[/dropcap]top, j’arrête ! La douleur, les galères, les contres-perfs s’accumulent… Il faut sortir la tête de l’eau, retrouver son souffle, en un mot se soigner ! Qui n’a pas connu un jour dans sa vie d’acharné du guidon, ce triste épisode que nous redoutons tous.

Blessure pernicieuse ou brutale

Nous ne saurions par laquelle commencer, car parfois, tout va trop vite ! La roue avant se dérobe dans un virage humide, le piège de la bande blanche, un rétrécissement piégeux… C’est la chute fatale ! Tous nos amis équilibristes à 2 roues vous le diront, il existe mille et une façon de tomber (de manière plus ou moins glorieuse)… Qu’importe, en quelques secondes on se retrouve face contre terre. Un peu de vernis arraché (traduisez par des brûlures ou autres plaies superficielles), le/la cycliste vaillant(e) repart aussitôt et fera un rapide « état des lieux » en roulant, puis une fois l’arrivée franchie. Il/Elle repartira le lendemain en partie momifié par toute sorte de bandages, mais toujours sur sa bicyclette !

Parfois, l’issue peut s’avérer beaucoup plus préoccupante et irrémédiable lors d’une cabriole : un coureur étendu ne parvenant pas à se relever, un autre se tenant la « clavette » (clavicule). En un instant une douleur violente vous transperce, le moindre mouvement sans tomber dans les vapes scelle votre sort. Fractures en tous genres, commotions, et autres polytraumatismes impliquent un retour au stand beaucoup plus long et non sans obstacles.

Vous avez réussi à éviter les embûches jusque-là, prenez garde à la blessure pernicieuse ! Elle vous guette au loin, s’installe silencieusement, se réveille progressivement pour ne plus jamais se taire. Vous l’avez compris, on parle ici des fameuses tendinites, de problèmes à la selle et d’autres pathologies liées à la répétition de dizaines de milliers de mouvements, de mauvais réglages, des conséquences « moins visibles » d’une chute…

Le diagnostic

Une fois la douleur bien présente, tenter d’en faire abstraction et s’entêter sur le vélo, sans faire un diagnostic clinique précis, sera bien souvent la bêtise la plus fréquente faite par la majorité des cyclistes. Ce fameux leitmotiv du dépassement de soi, nous pousse parfois à ignorer les signaux d’alarme de notre corps, au risque de l’endommager durablement ! Le combat contre la douleur devient alors un combat contre soi.

Inscrit dans la démarche de guérison, le diagnostic d’une blessure reste le point de passage obligé pour démarrer ce processus. Il est donc primordial de s’entourer d’un staff médical compétent pour traiter la pathologie. Il est tout aussi important de chercher parallèlement les possibles causes de la blessure, qu’elles soient internes (verrouillage articulaire, anomalie anatomique…) ou externes (réglages, charge d’entraînement).

L’arrêt, passage obligé ?

Il est toujours difficile de trancher sur ce point, car le choix sera fait au cas par cas et sera parfois très différent pour un même type de pathologie. On peut se rappeler de Thomas Voeckler, qui lors du Tour de France 2012 était à deux doigts d’abandonner (douleur au genou) et qui deux semaines plus tard finira meilleur grimpeur du Tour sur les Champs Elysées. Un autre exemple de courage et d’abnégation est celui de Johnny Hoogerland (chute dans les barbelés) qui malgré de nombreux points de sutures finira ce Tour de France 2011.

En revanche, l’arrêt s’avère parfois un passage obligé à l’image de Christophe Riblon cet hiver (douleurs récurrentes au dos). Un arrêt qui s’avérera plus que bénéfique, comme l’atteste cette magnifique victoire au sommet de l’Alpe D’Huez en juillet dernier sur le Tour de France. Une mauvaise chute (facture(s) à la clé) ne laisse pas place au choix. L’arrêt devient une étape obligatoire du processus de guérison. Maxime Bouet (fracture du scaphoïde) lors du Tour 2013 n’a pu remédier à un arrêt de quelques jours avant d’accumuler les séances sur home-trainer, supprimant les risques de rechute !

Le mental : « Ce qui ne tue pas rend plus fort »

La souffrance physique engendrée par une blessure est indéniable, mais l’atteinte mentale, psychologique est aussi présente et parfois importante. « Pourquoi moi ? », accepter la blessure, lâcher prise pour avancer et se projeter vers l’avenir sera plus ou moins facile. On parle ici d’un effet rebond, que l’on ressent plus ou moins vite lors d’un coup dur : d’abord un profond sentiment d’abattement, de déception conduisant même parfois à une déprime passagère. Cette phase du processus correspond au moment où l’on « digère » l’évènement.

Puis vient le temps d’accepter les difficultés de la situation et de la blessure : on ne refait plus le film, on se recentre sur le présent pour mieux avancer et rebondir… Une nouvelle énergie vous pousse à progresser, à vous battre, à revenir plus fort. Parfois, ce temps de « digestion-rebond » est quasi inexistant car l’urgence de la situation pousse à l’action et non à une introspection. On pense ici à Jean Christophe Péraud sur le Tour de France 2013, qui, malgré une clavicule fissurée (chute lors de la reconnaissance du CLM), se présentera au départ du chrono. Jusqu’au dernier virage, il gagnait ce pari risqué qui fut malheureusement perdu en chutant sur la même clavicule. Chute qui cette fois-ci le contraint à l’abandon.

L’entourage : « Un pour tous, tous pour un ! »

Dans ces moments difficiles, l’unité, la cohésion des proches du sportif (famille, entraîneur, staff, personnel médical, amis, …) est primordiale pour aider à traverser cette épreuve. La stabilité et le soutien de l’entourage permettent de garder des repères, alors que l’athlète lui, est très souvent fragilisé par la blessure et cherche de nouveaux points d’attache.

La reprise

Ça y est, c’est reparti, le plus dur est passé ! Il faut maintenant reconstruire petit à petit, ne pas griller les étapes malgré l’impatience grandissante d’avaler les kilomètres. La volonté de bien faire, une motivation de cadet vous transcende, mais prenez garde à ne pas vouloir rattraper le temps perdu, au risque de vous brûler les ailes ! Cette reconstruction prend du temps et là encore votre patience sera mise à l’épreuve… Mais au fil des sorties les sensations reviennent, on se délecte des progrès accomplis et à venir :

La route s’ouvre enfin à vous !