[dropcap size=big]À[/dropcap]ujourd’hui, le Tour de France se rend sur les pentes du Bettex, pour le terme de la dix-neuvième étape. Ce col, méconnu du massif alpin, fut le théâtre sur le Tour de France 1990 d’une formidable journée pour le cyclisme français. Sous l’œil bienveillant du Mont-Blanc, Ronan Pensec y conquit son premier maillot jaune et Thierry Claveyrolat sa première victoire d’étape sur le Tour. Retour sur cette belle journée de juillet.

La fiche

10ème étape du Tour de France 1990 : Genève – St-Gervais Mont-Blanc (Le Bettex) 118,5 km
Les difficultés : Col de la Colombière (1ère Cat-1613m, km 54) ; Col des Aravis (2ème Cat-1498m, km 79) ; Le Bettex (1ère Cat-1400m, km 118,5)

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Copyright: Société du Tour de France - ASO
Copyright: Société du Tour de France – ASO

Le contexte

Encore marqué par le formidable Tour de France 1989, les suiveurs de l’édition 1990 se retrouvent avec une épreuve dont le scénario s’annonce palpitant. En effet, dès la première étape en ligne, 4 coureurs se sont retrouvés avec 10 minutes d’avance sur les favoris de ce Tour de France. Frans Maasen le vainqueur de l’étape, Ronan Pensec équipier de Greg LeMond, Steve Bauer qui allait prendre le maillot jaune et Claudio Chiappucci connu jusqu’ici pour avoir été meilleur grimpeur de Paris-Nice et du Tour d’Italie. Dauphin malheureux de LeMond en 1989, Laurent Fignon en méforme, renonça dès la 4ème étape en Normandie en abandonnant à Villers-Bocage sur la route de Rouen.
Après le premier grand contre-la-montre Steve Bauer (4ème du Tour en 1988 où il avait déjà porté le maillot jaune) est toujours en tête avec 17 secondes d’avance sur Ronan Pensec et 1 minute 6 secondes sur Chiappucci, 7 minutes 19 sur Raul Alcala (étonnant vainqueur du chrono) ou encore 10 minutes 9 sur LeMond.

L’arrivée dans les Alpes va permettre de savoir si Bauer, Pensec ou Chiappucci devenus outsiders de ce Tour, vont pouvoir prétendre à la victoire finale. Les favoris attendus de ce Tour vont donc devoir se découvrir dès les premières pentes alpines si ils veulent absolument gagner cette édition, Greg LeMond jouant lui sur du velours, Ronan Pensec étant son équipier chez Z.

Les temps forts

Si la bataille du maillot jaune occupe évidemment les esprits des protagonistes et des suiveurs, celle pour le maillot à pois n’est pas en reste non plus. Cette dernière, depuis le départ du Futuroscope, oppose Dimitri Konyshev (premier soviétique à porter ce maillot) à Chiappucci et Claveyrolat. Le français le portait en 1989 avant de devoir le céder sur abandon suite à une chute, victime d’une fracture à la main gauche. Le programme très dense, 3 cols en 80 km (dont 33 km d’ascension), n’effraie pas outre mesure Claveyrolat qui sait que s’il doit arracher le maillot à pois à Konyshev, il doit dès la Colombière prendre le maximum de points.

La naissance de l’Aigle de Vizille

Dès les premières pentes de la journée, Claveyrolat place un démarrage et se retrouve à l’avant de la course en solitaire. Le voici parti pour un raid solitaire de 75 km, salué à l’époque dans les colonnes de Miroir du Cyclisme comme « quelque chose de formidable dont les soits-disants données modernes de la course à vélo nous avait privé depuis trop longtemps ».

La consécration pour l'Aigle de Vizille (Photo: Pascal Pavani - AFP)
La consécration pour l’Aigle de Vizille (Photo: Pascal Pavani – AFP)

En tête à la Colombière, aux Aravis et à l’arrivée au Bettex, Thierry Claveyrolat accomplit sa mission « maillot à pois » avec maestria. Si la prise de ce maillot, son objectif avoué, est bien sûr une satisfaction, cette victoire au Bettex est surtout une sorte de Graal qu’obtint enfin le natif de la Tronche dans les encablures de Grenoble. Une consécration en sorte pour celui qui possédait déjà, cinq victoires d’étapes sur ses routes fétiches du Critérium du Dauphiné-Libéré. Enfin avec cette victoire, Thierry Claveyrolat entrait enfin dans le club très fermé des meilleurs grimpeurs mondiaux.

Un maillot jaune à l’eau et au Pensec

C’était l’enjeu principal de cette entrée en haute montagne du Tour 90, la bataille pour le classement général. Pour son dixième jour en jaune, Steve Bauer arriva à faire illusion dans les deux premiers cols de la journée. Mais dans celle du Bettex, le canadien dû rendre les armes sur le démarrage de Pedro Delgado, premier des grands favoris du Tour à se découvrir. Bauer distancé doit voir son maillot jaune se filocher, au profit du breton Ronan Pensec.

Ronan Pensec à l'assaut du maillot jaune (Photo: Patrick Boutroux-Presse Sport)
Ronan Pensec à l’assaut du maillot jaune (Photo: Patrick Boutroux-Presse Sport)

Un Pensec étincelant qui sera le seul avec Marino Lejarretta, à pouvoir suivre le deuxième démarrage de Pedro Delgado à trois kilomètres de l’arrivée. Le natif de Quimper devait cependant reculer sous la flamme rouge pour se faire reprendre par le groupe LeMond dans lequel il franchira la ligne. Qu’importe, Pensec le jour de ses vingt-sept ans, s’offre un formidable cadeau avec son premier maillot jaune. Celui qui possède déjà à son crédit deux Top 10 dans le Tour de France, une huitième place en 1986 et une sixième en 1988, peut espérer faire le casse du siècle sur la Grande Boucle.

A l’issue de cette étape il possède au général plus de 7 minutes d’avance sur Alcala, près de 10 sur LeMond et plus de 11 sur Delgado. De quoi voir venir donc, à condition de passer sans encombre l’Alpe d’Huez le lendemain et d’affronter un programme musclé ensuite avec la traversée du Vercors, du Massif Central et des Pyrénées. Un Tour qui promet donc d’être haletant.

Le tableau d’honneur

L’étape :
1. Thierry Claveyrolat (Fra-RMO) les 118,5 km en 3h24’31’’
2. Uwe Ampler (RDA- Histor) à 1’54’’
3. Charly Mottet (Fra-RMO) m.t
4. Jose Montoya (Col-Postobon) à 2’10’’
5. Marino Lejarretta (Esp-Once) m.t

Le classement général :
1. Ronan Pensec (Fra-Z) en 42h46’04’’
2. Claudio Chiappucci (Ita-Carrera) à 50’’
3. Steve Bauer (Can-7 Eleven) à 1’21’’
4. Frans Maasen (PB-Buckler) à 2’27’’
5. Raul Alcala (Mex-PDM) à 7’02’’
Maillot vert : Olaf Ludwig (RDA-Panasonic)
Maillot à pois : Thierry Claveyrolat (Fra-RMO)