Gentile Marco. Ci manchi,  ma noi non dimenticheremo*…

 

Suite et fin des aventures de Marco Pantani sur le Giro aujourd’hui. Après avoir connu la gloire en 1998, le pirate partait à l’abordage d’un deuxième succès l’année suivante. Nous allons le voir ici, alors qu’il semblait sur une voie royale, il ne pourra aller au bout de cette ambition. Et c’est peut-être là que commença se descente aux enfers.

Le Giro 1999, la chute

Un climat nauséabond

Il règne une odeur de soufre sur le départ du Giro 99 en Sicile. C’est le premier grand tour post affaire Festina et le printemps 99 souffre d’un climat nauséabond.  Massacre à la chaîne, le livre témoignage de Willy Voet, l’ancien soigneur de Festina, vient de paraître et rend public le désastre du dopage organisé. L’affaire Sainz-Lavelot, est venue quelques jours auparavant, semer le doute sur le renouveau espéré du cyclisme. Les organisateurs du Giro sont également pointés du doigt. Ils sont soupçonnés d’avoir averti les équipes d’une descente de la NAS, la brigade des stups italienne, en 1996 ou encore, d’avoir manipulé des flacons de sang en 1998, avant examen et échangé ceux de Pantani et Forconi. Ce dernier, exclu l’avant-veille de l’arrivée du Giro triomphal de Pantani. Enfin, le CONI (le comité national olympique italien), menace d’exécuter de nombreux contrôles sur la course, jusqu’à ce que Pantani mène la révolte et obtienne un répit de ce côté-là.

L’attraction Jalabert

Sur un Giro taillé à sa mesure, Pantani trouve peu d’adversaire pour lui donner le change. Le plus remuant et le plus surprenant est le champion de France, Laurent Jalabert. Le mazamétain réussit un début de saison éblouissant (vainqueur au Pays-Basque ou en Romandie). Jaja s’est décidé au dernier moment pour se rendre sur le Giro, avec pour but , compléter sa collection de maillot de leader. Ce sera chose faite, dès le 5ème jour de course au lendemain de sa 1ère victoire d’étape.  Ce maillot rose, il le cèdera lors de la 8ème à Pantani, à l’issue de la 1ère arrivée au sommet, au Gran Sasso d’Italia. Court intermède car, sur le chrono d’Ancone  24 heures plus tard, Jalabert reprit les commandes de la course. Un Giro qui sourit aux 2 seuls français présent sur la course, puisqu’au pied des Alpes à Rapallo, Richard Virenque s’offre une étape qui sonne comme une revanche pour lui. Il justifia ainsi la confiance accordé par Franco Polti, patron de l’équipe d’Ivan Gotti, au début de l’année.

Le pirate à l’abordage

En entrant dans les Alpes, Pantani décide de mettre fin au règne de Jalabert. A Borgo San Dalmazzo, où Paolo Salvoldelli fait admirer ses talents de descendeur en s’imposant, le pirate 2ème de l’étape reprend le maillot rose. Maillot sous lequel il réalise un numéro, le lendemain, sur les pentes d’Oropa. Victime d’un incident mécanique au pied de la montée finale, il réussit à remonter tous ses adversaires et déborde dans le final, Laurent Jalabert, pour s’imposer une nouvelle fois sur ce Tour d’Italie.  Jalabert, véritable poil à gratter pour l’italien. A Lumezzane, au lendemain d’Oropa, il faudra la photo-finish pour départager le maillot rose du champion de France au profit de ce dernier.  Pantani le craint car il reste un dernier contre la montre et il s’attend, avant les Dolomites, à perdre beaucoup de temps sur le mazamétain. Mais à Trevise, Jalabert  n’est que 3ème et ne reprend que 43 secondes à l’italien. L’étape, revient à Gonchar et Pantani (8ème) conserve le paletot rose, malgré une belle remontée de Paolo Savoldelli qui revient à 44 secondes au général.  C’est donc en rose qu’il aborde les Dolomites et dès l’Alpe di Pampeago, il effectue une grosse démonstration.  Jalabert est éjecté du podium, Savoldelli (toujours 2ème eu général) perd lui 3 minutes ! Et il y a encore 2 étapes de haute montagne, Pantani semblait imbattable sur ce Giro, c’est devenu une certitude. A Madonna di Campiglio, station connu des skieurs alpins, il s’impose à nouveau en solitaire. Au général, Savoldelli son suivant est à 5 minutes et 38 secondes, Gotti à 6 minutes 12  et Jalabert à 6 min 39. La messe est dite.  L’étape suivante arrive à Aprica, là où 5 années plus tôt, Pantani fit une entrée parmi les grands.

La chute

Ils sont 140 000 tifosi sur les pentes du Mortirolo à attendre le pirate. A lui seul, il a ramené les audiences de la RAI (télévision publique italienne) à plus de 5 millions de téléspectateurs lors des grandes étapes. Pantani symbolise ce que nous racontait Eric Boyer, ici sur le dérailleur, la semaine passée , quant à la ferveur des supporters italiens pour l’un des leurs. Et quelle déception ce fut, pour tous ces spectateurs massés sur la parcours, pour tous ces amoureux du vélo qui vibraient sur chacune de ses envolées…Ce matin-là, à Madonna di Campiglio, Marco Pantani présentait un taux d’hématocrite de 52%. La limite était dépassée de 2%, baissé de rideau sur le Giro…Pantani reste cloîtré dans sa chambre, une multitude de journalistes l’attend sur le parvis de l’hôtel. La course n’a plus d’interêt, on guette désormais la déchéance du héros, du pirate comme on guettait celle de Virenque dans un bar de Corrèze, sur le Tour 98.

« Je demande que l’on me traite avec respect… » sont les seuls mots, ou presque, qu’ils bredouillent à cette forêt de micro qui vient à lui quand il se présente, enfin, aux journalistes. Sa main est bandée, témoin d’un coup de poing sur le mur de sa chambre d’hôtel censé lui soulager la conscience…Le Pirate s’échappera à Cesenatico, pour le début d’une longue traversée du désert, il n’épinglera plus de dossard de toute la saison. Il aurait pu revenir sur le Tour, y défendre son maillot jaune. Son taux d’hématocrite, hors norme, ne valait pas comme un contrôle anti-dopage positif, mais juste un arrêt de travail de 15 jours.  Il n’en sera rien, le Tour part sans lui.

Sur la course, Ivan Gotti réussit à déboulonner Paolo Savoldelli, en menant une attaque sur le Mortirolo, avec Roberto Heras et Gilberto Simoni. Ce dernier, lui, subtilisa la 3ème place sur le podium que Laurent Jalabert convoitait. Le tarnais, finalement 4ème se consolera avec le classement par points et deviendra le 3ème coureur de l’histoire, après Eddy Merckx et Djamolidine Abdoujaparov, a gagner ce classement sur les 3 grands tours.

2000 , l’incroyable retour

Depuis l’épisode de Madonna di Campiglio, Pantani n’a pris part qu’à une course en début de saison  2000, le Tour de Valence. 2 petites étapes avant d’abandonner  et de ne plus se présenter au départ d’une course.  Et pourtant, alors qu’il s’élance de Rome pour célébrer le Jubilé de l’an 2000, le Giro voit Pantani parmi ses participants. Inscrit de dernière minute, il se présente, comme l’ensemble des participants de ce Giro, devant le Pape Jean-Paul II avant le départ du prologue.  Les tifosi y voient un signe d’absolution, Pantani est de retour, à leur plus grande joie. Mais de miracle en course, il n’y aura pas. Francesco Casagrande, semble le mieux armé pour gagner. Vainqueur à l’Abetone, lors de la 9ème étape, le florentin défend bec et ongle son maillot rose dans les Dolomites.

Un gregario de luxe

Les Alpes viennent en juge de paix dans ce Tour d’Italie, avec un détour en France à Briançon par-delà notamment le col d’Izoard. Et c’est sur les pentes mythiques de ce col, où naguère Fausto Coopi, Louison Bobet ou Bernard Thévenet ont construit leur légende, que Pantani fit son vrai retour. Devenu un équipier de luxe pour Stefano Garzelli, qui en s’imposant à Prato Nevoso est revenu à 25 secondes  de Casagrande au général, Pantani va remplir ce rôle à merveille. Dans l’Izoard il mène un train d’enfer qui éprouve terriblement Francesco Casagrande. Si celui-ci conserve la tête du général, il paie ses efforts le lendemain dans le contre-la-montre Briançon-Sestriere où Garzelli lui subtilise le maillot rose. C’est donc un co-équipier du pirate qui gagne le Giro, cela suffira à faire du retour de Pantani, une réussite. Il peut envisager un retour sur le Tour, où il se distinguera avec 2 victoires d’étapes et en faisant montre de son caractère orgueilleux, en faisant comprendre à Armstrong que personne n’offre de victoire au pirate. Référence bien-sûr, à l’épisode du Mont-Ventoux.

2003, la dernière apparition en course

Sur la pointe des pieds

Après un Giro 2001, où on le note parmi les coureurs pris dans la tourmente du blitz de San Remo (les policiers retrouvant une seringue d’insuline (un produit interdit) dans sa chambre, entraînant son exclusion du Giro puis une suspension de 6 mois), Marco Pantani retrouve le Tour d’Italie en 2003. Il espère encore séduire ASO, organisateur du Tour de France, de sélectionner son équipe pour le Tour du centenaire. En début de saison, on l’a vu finir 10ème de la semaine internationale Coppi-Bartali mais il est loin d’avoir retrouvé son niveau.  Et puis, on ne reconnait plus le Pirate, la barbichette n’orne plus son menton, il a fait recoller ses oreilles et, comme l’ensemble du peloton professionnel depuis le 1er mai, il arbore le casque obligatoire en lieu et place de son bandana. Le décès sur Paris-Nice d’Andreï Kivilev, a poussé l’UCI à prendre cette mesure, pour la sécurité des coureurs.  Lors de la 1ère arrivée au sommet, au Terminillio Pantani termine loin de Simoni et Garzelli qui vont se disputer ce Giro. Ces derniers, ont à cœur d’effacer leur piteuse sortie de Giro en 2002. Les 2 ayants subi, chacun leur tour, un contrôle anti dopage positif.

Pantani redevient coureur

Mais sur les pentes, inédites, du Zoncolan (12ème étape), Pantani va enfin retrouver le haut des feuilles de classement. 5ème de l’étape, Pantani est de retour dans le top ten au général, il est 9ème. Depuis 1999, il n’avait pas figuré à ce rang sur le Giro. Ses tifosi sont heureux, après tant d’années d’errance et de frasques, Pantani, leur Pantani, est enfin redevenu coureur. A l’Alpe di Pampeago (14ème étape), il limite la casse en finissant 12ème au sommet.  Toujours 9ème au général, il reculera d’un rang à l’issue du chrono de Bolzano (15ème étape) où il finit 26ème, signe qu’il se bat à nouveau sur un vélo.  On le voit même frotter dans un sprint, en prenant la 10ème place d’une remportée par Alessandro Petacchi (vainqueur de 6 étapes cette année-là).  Marco Pantani connaîtra, hélas, un jour sans. Dans l’étape menant à Chianale (18ème étape), il est victime d’une chute dans la descente du col di Sempeyre, (rendue difficile par le froid et la neige) en compagnie de Stefano Garzelli.  Pantani a du mal à s’en remettre à tel point qu’à Chianale, il cède plus d’un quart d’heure à Dario Frigo, vainqueur au sommet.

Une dernière attaque

L’avant-veille de l’arrivée, il reste une dernière arrivée au sommet sur ce Giro. La 19ème étape conduit les coureurs de Canelli à Cascata del Toce. Etape, dans sa 1ère partie plate, de 236 km dont les 18 derniers  se disputent sur une montée de 5% de moyenne.  Au général, Gilberto Simoni  à course gagnée, il possède 7 minutes 8 d’avance sur Garzelli et 7 minutes 19 sur Popovych. On attend une bagarre entre ces deux-là pour la 2ème place. La course se finissant à Milan par un chrono, l’italien au crâne chauve, lui aussi, a tout intérêt à attaquer pour distancer la révélation ukrainienne.  Le peloton aborde groupé la dernière montée, l’élimination se faisant par l’arrière et à 5 kilomètre de la ligne, une attaque se produit enfin. Comme à ses plus belles heures, sans casque (la dernière ascension était autorisée tête nue), Pantani se projette à l’avant (voir la photo). Rejoint par Franco Pelizzoti, il sera ensuite débordé par Simoni qui va cueillir un dernier succès d’étape et par le reste des favoris. Il finira 11ème de l’étape, au général il se retrouve 13ème. Cette place, il la cèdera à Milan, dans la dernière étape chronométrée, au jeune français Sandy Casar. Pantani finit donc ce Giro à la 14ème place, pour l’ensemble des amoureux du cyclisme, il est donc enfin redevenu coureur. Il a fait preuve d’humilité sur ce Tour d’Italie, il en est encore plus admirable. Hélas…cela ne suffira pas à convaincre ASO, Pantani ne fera pas le Tour.

Nous ne le savions pas, mais Pantani venait de livrer sa dernière course. Sa non-sélection pour le Tour fut le coup de grâce. Il se dit alors, qu’il est devenu le mouton noir du cyclisme. Il sombre dans la drogue, la dépression et arriva ce 14 février 2004. Sa carrière, ne fut pas exemplaire à tout niveaux, mais au final Pantani reflétait ce qu’était son cyclisme contemporain. Ce personnage, ne peut laisser indifférent , l’hommage qui lui est rendu srt le Giro 2014 est juste. Mais il sonne comme une demande de pardon, venant d’une partie de la famille du cyclisme qui aurait dû lui tendre la main, il y a onze ans. On dira que mieux vaut tard, que jamais.

*Cher Marco. Tu nous manques, mais nous t’oublions pas

Sources : l’année du cyclisme 1999 (Claude Droussent-éditions Calmann-Lévy); archives personnelles Olivier Perrier (Cyclisme Infos 1,2,3,4 et 5 1999; Vélo Magazine 366 juillet 2000); www.bikeraceinfo.com