Geraint Thomas, Jakob Fuglsang, Thibaut Pinot, Romain Bardet, Egan Bernal et consorts, à quelques jours du grand départ du Tour de France depuis Bruxelles, les favoris pour la tunique jaune ont été inspectés sous toutes les coutures. Mais chaque année, au cours des trois semaines d’épreuve des noms plus ou moins connus se distinguent et apparaissent ou réapparaissent aux yeux du grand public. Le Dérailleur vous propose donc dix paris, dix coureurs à surveiller du coin de l’œil.

Wilco Kelderman

Et si la roue tournait enfin pour lui ? Depuis deux ans, un chat noir semble aux trousses du coureur batave. L’an dernier, sa participation à la Grande Boucle a été compromise après une chute et une blessure à l’épaule lors de ses championnats nationaux à quelques jours du départ à Noirmoutier. Rebelote cette année avec une chute sur le Tour de Catalogne qui l’empêche s’aligner en soutien de Tom Dumoulin sur le Giro. Mais justement l’absence de ce dernier laisse carte blanche à Kelderman pour cette édition 2019 en Francr.

Le coureur de la Sunweb apparaît donc comme le leader « de rechange » de l’équipe allemande et avec une pression moindre sur les épaules. Le néerlandais, coureur régulier, reste sur deux Vuelta de haut rang (4e en 2017, 10e en 2018) et pourrait créer la surprise en s’incrustant dans le top 10 à Paris à condition d’être dans le rythme. En effet, depuis sa blessure en Catalogne sa seule course disputée est le Tour de Suisse, donc à défaut d’une forme resplendissante il pourra faire valoir une fraîcheur physique souvent déterminante en troisième semaine.

Tiesj Benoot

Tantôt puncheur, tantôt flandrien, tantôt grimpeur de qualité (quatrième sur le dernier Tour de Suisse), difficile de classer le belge de la Lotto-Soudal. Et pourquoi faire après tout ? Benoot semble à l’aise sur tous les terrains, capable de s’imposer à peu près partout. Capable seulement, car malgré quatre saisons pleine et un statut de coureur favori sur la ligne de départ de nombreuses courses, il ne compte qu’une seule ligne à son palmarès, les Strade Bianche en 2018. Très belle victoire certes mais insuffisant à l’orée du talent et du potentiel du garçon.

Gagner, voilà l’objectif de Benoot sur ce Tour. Plus facile à dire qu’à faire certes mais cela semble tout à fait envisageable. La Lotto-Soudal se présentera à Bruxelles avec une partie de l’équipe en soutien de Caleb Ewan et puis avec de solides francs-tireurs prêts à se lancer dans de grandes chevauchées afin de glaner un succès de prestige. Tim Wellens, Thomas de Gendt, Maxime Monfort, voilà des noms que l’on retrouvera sans doute dans les échappées au long cours, ils bénéficieront d’un terrain favorable pour s’exprimer entre étapes accidentées et celles de montagnes, un parcours varié qui semble également convenir aux qualités de Tiesj Benoot, est-ce que cela suffira pour triompher ? Réponse le 28 juillet au soir.

Ivan Garcia Cortina

Comme d’accoutumée, le plateau des sprinters sera relevé sur le Tour, même en l’absence de Mark Cavendish, une première depuis 2006, mais comme à chaque édition des noms un peu plus inattendus viennent se glisser dans les top 10 sur les arrivées massives. Cette année cela pourrait être entre autres celui d’Ivan Garcia Cortina.

L’espagnol de la Bahrain-Merida poursuit sa progression sans faire trop de bruit. Celui-ci a déjà bouclé deux Vuelta avec six top 10 à la clé. Il s’est également distingué cette saison par une deuxième place lors de l’arrivée à Bellegarde sur Paris-Nice et un bouquet glané sur les routes de la Californie. Fort d’un très bon Tour l’an passé, Sonny Colbrelli restera l’option numéro un pour les sprints avec une affectation toute particulière pour les arrivées entre costauds comme à Epernay. Néanmoins nul doute que Garcia Cortina cherchera à tirer son épingle du jeu entre les Groenewegen, Ewan et autres bolides.

Élie Gesbert

Le choix d’Arkéa-Samsic aux dépens de Vital Concept-B&B Hôtels à fait couler des litres et des litres d’encre. La formation d’Emmanuel Hubert sera pour la sixième fois d’affilée au départ à Bruxelles, avec cette fois-ci un impératif de résultats plus pressant. Habitués des échappées matinales, les coureurs bretons n’ont jamais levé les bras au cours de leurs cinq participations au Tour. Pour conjurer le sort Arkéa-Samsic met en avant deux hommes : André Greipel et le nouveau champion de France Warren Barguil, mais celle-ci dispose d’une autre carte tout aussi dangereuse celle d’Élie Gesbert.

Pur puncheur, Gesbert s’est montré bien en vue depuis le début de la saison, se portant régulièrement à l’attaque. Peut-être trop parfois, son impatience à vouloir gagner semble parfois lui jouer des tours et le pousser à faire trop d’efforts. Néanmoins il s’est distingué avec une 5e place au Tour d’Oman, une 4e place au Tour de l’Ain et récemment avec une 5e place au Mont Ventoux Challenge. Il semble taillé pour les étapes de transitions accidentées dont raffolent les baroudeurs, avec pourquoi pas au bout une victoire autour de laquelle il tourne depuis si longtemps et qui serait bien méritée.

Michael Woods

Un rookie sur le Tour de France, le canadien d’EF Education First va découvrir la Grande Boucle à 32 ans ! Il faut dire que ce dernier est venu assez tard au vélo en signant son premier contrat dans une équipe du World Tour à 29 ans. Petit à petit, il s’est néanmoins affirmé comme un coureur de grande qualité avec notamment une septième place sur la Vuelta en 2017, une victoire d’étape l’an passé sur la même épreuve et une médaille de bronze aux mondiaux d’Innsbruck.

Woods devrait envoyer du bois sur son 1er tour (Photo: © Olivier Perrier)

Pour cette 106e édition du Tour, Woods devrait surtout être au service de Rigoberto Uran, au même titre que Tejay Van Garderen qui semble renaître depuis son transfert. Cependant le canadien semble tout à fait capable de se mêler à la bagarre pour une victoire sur des étapes dites accidentées qui lui conviennent à merveille telles que celles se concluant à Epernay ou Colmar. Une découverte du Tour tardive pour lui mais Woods ne sera pas là en simple qualité d’observateur, il vient pour en être un des acteurs.

Enric Mas

La saut dans le grand bain pour le coureur de la Deuceuninck – Quick Step, après une deuxième place l’an passé sur son tour national, l’espagnol vient se frotter aux cols de l’autre côté des Pyrénées et ceux des Alpes. Que peut espérer Enric Mas sur ce Tour de France ? Si le podium semble hors de portée, une place dans les dix premiers pourrait être accessible si les circonstances sont favorables.

Le problème auquel il devra faire face est le manque d’équipiers pour lui dans la montagne avec une équipe tournée vers les sprints avec Viviani et les victoires d’étapes avec Alaphilippe. L’apprentissage de Mas sur la Grande Boucle pourrait alors plus se faire avec la conquête d’un bouquet sur les étapes de montagne ou pourquoi pas du maillot à pois, il se glissera sûrement dans la lutte pour le paletot blanc du meilleur jeune, mais à moins d’un incident celui-ci semble destiné à Egan Bernal.

Jasper Philipsen

Il s’agit là d’un des phénomènes de la première moitié de saison, il accumule les top 10 et ne cesse d’impressionner au point que l’équipe de Joxean Matxin fasse confiance au belge et l’intègre dans leur composition pour le Tour, alors que Philipsen n’en est qu’à sa première année en World Tour. Élément de langage répété à souhait quand un tout jeune coureur découvre le Tour, UAE Team Emirates répète que le sprinter est là « pour apprendre ».

Il est vrai qu’avec Alexander Kristoff dans ses rangs la hiérarchie des sprinters semble clairement établie. Mais Jasper Philipsen semble être un de ces impatients, un de ces coureurs qui n’ont pas le temps, qui veulent tout croquer, tout conquérir immédiatement, à l’image de son compatriote Wout Van Aert, qui lui aussi découvrira la Grande Boucle cette année. Une victoire sur le Tour Down Under pour sa première course de la saison, des top 10 à la pelle, une récente neuvième place sur les championnats de Belgique, Jasper Philipsen s’affirme déjà. Il paraît évident qu’on le verra à l’œuvre de quelque façon que ce soit sur l’asphalte brûlant de juillet.

Christophe Laporte

L’absence de Nacer Bouhanni au sein des huit coureurs qui s’élanceront à Bruxelles sous le maillot de la Cofidis n’est pas apparue comme un tremblement de terre, tant on connaît la situation délicate du coureur avec son manager et au sein de l’équipe nordiste. Dès lors, cela amène à porter le regard sur l’homme rapide de cette équipe, à savoir Christophe Laporte. Avec de fait, une attente de résultats toujours plus importante.

Cofidis est à la recherche d’une victoire d’étape sur le Tour de France depuis plus de onze ans désormais, nul doute que chacun des coureurs aimerait être celui qui viendrait à bout du signe indien. Christophe Laporte n’était pas passé loin l’an dernier avec une deuxième place à Pau derrière Arnaud Démare. Si son année avait bien commencée avec deux bouquets et le général sur l’Étoile de Bessèges, la suite s’est avérée plus compliquée jusqu’au Tour du Luxembourg où Laporte a pu se rassurer avec deux succès. Un autre succès, que ce soit à Nancy, Albi ou Nîmes serait assurément le bienvenu dans les rangs de la Cofidis.

Laurens De Plus

Suiveurs et observateurs lors du dernier Giro soulignaient la faiblesse de l’équipe Jumbo-Visma pour accompagner et épauler Primoz Roglic quand la route s’élevait. Il faut dire que le principal lieutenant du slovène avait dû mettre pied à terre dès la septième étape. Est-ce qu’avec Laurens De Plus, Primoz Roglic aurait pu mieux faire sur le dernier Tour d’Italie ? Avec des si … D’un leader à un autre, De Plus sera présent sur le Tour pour escorter Steven Kruijswijk, dans l’espoir de rééditer la performance de l’an dernier quand le néerlandais avait bouclé les trois semaines de course à la 5e place.

Le belge sera accompagné dans cette tâche par le néo-zélandais George Bennett pour la haute montagne. Laurens De Plus avait signé un début de saison solide avec de belles places sur l’UAE Tour ainsi que sur La Flèche Wallone et Liège, il a surtout les caractéristiques de l’équipier modèle, capable de se dépouiller en montagne pour son leader.

Guillaume Martin

À quoi ça tient un maillot tricolore ? À 500 mètres, même moins, Guillaume Martin en a fait l’amère expérience dimanche dernier. Rattrapé in extremis, le coureur de la Wanty-Groupe Gobert a dû se torturer les méninges après-course. Cependant il est indéniable que Martin a franchi un cap cette année, d’une régularité impressionnante, il répond présent depuis le début de saison : de belles places sur le Challenge de Majorque et sur les Ardennaises ou encore une victoire d’étape sur l’Etna au Tour de Sicile. Mais il lui manque toutefois cette victoire de prestige.

Illustration encore sur le Dauphiné quand Guillaume Martin vient échouer pour quelques centimètres derrière Dylan Teuns à Craponne-sur-Arzon. La victoire qui le consacrerait ne semble pas loin, encore faut t-il l’atteindre et il en semble plus que jamais capable. Pourquoi pas sur ce Tour de France ? Ses propres difficultés et celles de son équipe sur les chronos semble être un frein important pour un place parmi les tous premiers mais un succès avec panache et courage dans la haute-montagne semblerait être une juste récompense.