Le lundi qui suit la dernière étape du Tour laisse souvent la place à la nostalgie. Nostalgie oui, car on se dit que c’est fini, qu’il va falloir attendre plus de 300 jours avant de voir un nouveau peloton rouler sur les routes de France. Alors certes, la saison n’est pas terminée, loin de là, mais quand même. Voir les Champs-Élysées fait toujours un pincement au cœur. Voici maintenant l’occasion de revenir sur ces trois semaines de juillet riches en émotion et en rebondissements.

Froome-Quintana, le duel prévisible

On parlait de quatre grands favoris (épargnons l’expression « Quatre Fantastiques »). Il y avait un Christopher Froome revanchard après son Tour 2014 qui s’était terminé avant même que les pavés ne soient arrivés. Le Britannique était présent avec une équipe SKY toujours dévouée à servir son leader. Quintana était de retour sur la Grande Boucle après un premier Tour prometteur en 2013 où il avait terminé deuxième avec le maillot blanc et le maillot à pois. Il pouvait compter sur Valverde pour l’aider en montagne. Alberto Contador également était revanchard, lui, le battant qui avait dû abandonner sur blessure l’an passé. L’Espagnol revenait avec l’ambition de réaliser le doublé Giro-Tour. Enfin, il y avait le vainqueur sortant, Vincenzo Nibali, qui avait écrasé le Tour 2014. Le Requin de Messine arrivait sans trop de certitudes sur son état de forme. Sur le papier, ce Tour avait de belles promesses.
Très vite, sur les quatre hommes, un seul émerge, et tire son épingle du jeu dans la première semaine. Cet homme, on l’a retrouvé sur la plus haute marche du podium aux Champs-Élysées au final. Froome n’a commis aucune erreur dans cette première semaine piégeuse. Le moment où il a semblé moins impérial, c’était sur la première étape, dans le contre-la-montre initial où il a cédé du temps à Thibaut Pinot. La suite parle d’elle même. Présent dans le premier peloton à Zélande, où il prend 1 minute et 28 secondes sur Quintana, deuxième au sommet du Mur de Huy, très à son aise sur les pavés du Nord ensuite, bref, Froome paraissait déjà très fort. Maillot jaune éphémère en arrivant en France, il reprend son bien à Fougères suite à l’abandon de Tony Martin, pour cette fois ne jamais le lâcher. Les premiers à montrer des signes de faiblesse, ce sont Contador et Nibali. L’Italien était clairement moins fort que l’année dernière. L’Espagnol quant à lui semble payer son manque de fraîcheur suite à son Tour d’Italie victorieux. Il ne reste finalement que Quintana, mais le Colombien a déjà perdu un temps important après une première semaine ponctuée par un chrono par équipes. Ce retard s’accumule à la suite de la première étape pyrénéenne, avec un maillot jaune bien décidé à écraser la course d’entrée à la Pierre Saint Martin.
Nibali et Contador éliminés, on voit venir des outsiders pour jouer le top 10. Van Garderen, Mollema, Gesink ou encore Valverde semblent en mesure de jouer le classement général. Déjà, à l’issue des Pyrénées, Froome semblait promis à un second sacre. Autant dire que les Alpes étaient attendues comme un terrain propice aux attaques, notamment celles de Quintana, qui avec trois minutes de retard devait partir de loin pour rattraper le temps perdu. Van Garderen devant abandonner, malade, Valverde se retrouvait propulsé sur le podium. Pendant les premières étapes, tout est figé, comme si les Movistar étaient résignés à jouer le podium et non le maillot jaune. Cela, on y a cru jusqu’à la montée vers la Toussuire. On a compris ici que Froome n’était pas imbattable. Alors oui, ce n’était que Quintana reprenant vingt secondes, mais quand même. Alors que Nibali faisait preuve d’un superbe panache, le Colombien laissait envisager une belle bataille sur les pentes de l’Alpe d’Huez, le juge de paix de cette édition 2015. On ne serait pas déçus. Au final, 1 minute et 12 secondes de retard sur le Britannique, vraiment pas au mieux dans cette ascension. Que reste-t-il alors ? Des regrets. Peut-être pas pour Quintana, mais pour nous spectateurs oui. Et si le Colombien avait attaqué plus tôt ? Et s’il n’avait pas perdu de temps à Zélande ? On ne pourra jamais le savoir, mais la course aurait été différente, c’est sûr. De quoi en changer l’issue ?

Deuxième, Quintana échoue de peu face à Froome. (Photo : ASO/G.Demouveaux)
Deuxième, Quintana échoue de peu face à Froome. (Photo : ASO/G.Demouveaux)

Greipel, pas de quoi être vert

Quatre victoires, voici le bilan affiché par André Greipel. Le sprinter allemand succède à Marcel Kittel sur les Champs. Les sprinters n’étaient pas à la fête sur ce Tour de France. Six sprints ont été disputés pour le gain d’une étape. À Zélande ? Greipel. À Amiens ? Greipel encore. À Fougères ? Cavendish était de retour, pour une 26e victoire sur la Grande Boucle. Un sacré bilan ! À Rodez ? Mini sprint entre costauds, et Greg Van Avermaet était fort. À Valence ? Greipel une fois de plus était sur la route des hommes rapides. Enfin, les Champs-Élysées ? Vous voyez où je veux en venir, le Gorille de Rostock était trop rapide. Quatre victoires, mais pas de quoi être maillot vert. Alors pourquoi ? Tout simplement parce-qu’un homme en a décidé autrement. Peter Sagan. À 25 ans, le Slovaque remporte pour la quatrième fois (déjà !) ce classement annexe. C’est donc une nouvelle victoire dans ce classement. Une victoire qui pourrait laisser à Sagan un goût amer, car il n’est pas parvenu à s’imposer cette année encore sur une étape. Ce n’est pas faute d’avoir essayé pourtant. Cinq fois deuxième ! Frustrant sans doute. Certes, Sagan n’a pas gagné d’étape, mais Sagan a bien gagné son maillot vert, et il le mérite amplement. Il a disputé les sprints intermédiaires, et n’a pas hésité à prendre les échappées pour s’assurer de marquer des points là où ses concurrents n’en marqueraient pas. Les calculs de Sagan étaient bons, et le fait qu’il ne parvienne pas à s’imposer sur une étape l’a fait devenir un des chouchous du public. Pour les années à venir, le maillot vert pourrait encore lui revenir, et le record de Zabel lui semble accessible. Certains Français pourraient cependant lui voler la vedette. Nacer Bouhanni n’a pas été chanceux, éliminé sur chute dès la cinquième étape. Arnaud Démare a tenté, il a réalisé plusieurs top 10, mais il reste insatisfait. Au final, celui qui s’est approché le plus de la victoire est Bryan Coquard. Troisième au Havre, le coureur de l’équipe Europcar a bien faillé tirer les marrons du feu aux Champs-Élysées, mais il lui a manqué une cinquantaine de mètres pour devancer Greipel. À ne pas douter, les coureurs français vont connaitre leur heure de gloire au sprint.

Sagan n'a pas gagné, mais il a marqué cette édition 2015. (Photo : Presse Sports)
Sagan n’a pas gagné, mais il a marqué cette édition 2015. (Photo : Presse Sports)

Les Français, entre joie et déception

Après le Tour 2014, on était en droit de rêver. Deux coureurs sur le podium, de belles promesses pour le classement général, le successeur de Bernard Hinault ne viendra pas cette année, mais il n’a jamais semblé aussi proche. Deuxième l’an passé, Jean-Christophe Péraud était moins fort cette année, et a connu une grosse chute lors de la 13e étape. Suite à cela, les quelques forces qu’il avait ont disparu, mais il n’a pas abandonné. Cette équipe AG2R est à l’image du Tour des Français : avec des hauts et des bas. Pour ce qui est de la meilleure équipe du Tour 2014, il y a eu le haut, avec Alexis Vuillermoz qui n’était pas loin à Huy, et qui a connu la gloire à Mûr-de-Bretagne. Il y a ensuite eu les bas, avec Van Summeren et Ben Gastauer qui ont dû abandonner, la chute de Péraud… Tout cela a été rattrapé à Saint-Jean-de-Maurienne avec Romain Bardet qui a su gagner l’étape. Sixième l’année dernière, il est cette fois neuvième.

Vainqueur d'étape comme Vuillermoz, Bardet offre le prix du Super Combatif à AG2R. (Photo : ASO/B.Bade)
Vainqueur d’étape comme Vuillermoz, Bardet offre le prix du Super Combatif à AG2R. (Photo : ASO/B.Bade)

Autre grand espoir pour le général, Thibaut Pinot. Espoirs rapidement douchés après les bordures de Zélande, puis la grosse chute de Bonnet lors de la troisième étape qui a marqué les esprits des coureurs de la formation de Marc Madiot. L’étape des pavés a sonné le glas des ambitions du troisième de la dernière Grande Boucle. Que restait-il à Pinot ? Briller en montagne. Mais la réalité était autre. Peu à son avantage dans les Pyrénées, il a su retrouver le moral dans les Alpes, en essayant de viser les étapes. Il échoue à Pra Loup suite à une chute dans la descente du Col d’Allos. Il doit récupérer, tente encore sa chance, mais échoue, avant finalement de trouver la bonne et de quelle manière ! L’Alpe d’Huez, un terrain mythique pour offrir un deuxième succès dans le Tour à Pinot. Il ne sera pas dans le top 10, mais est-ce vraiment grave ?
Thibaut Pinot vaiqueur à l'Alpe d'Huez, un très grand moment. (Photo : ASO/G.Demouveaux)
Thibaut Pinot vaiqueur à l’Alpe d’Huez, un très grand moment. (Photo : ASO/G.Demouveaux)

Dans le Tour, on peut compter sur des confirmations, et des révélations. Côté confirmation, on retrouve Pierre Rolland, qui signe un troisième top 10 en cinq années, et il était onzième en 2013. Pas de victoire pour les hommes en vert, mais un bon bilan quand même. Tony Gallopin a également confirmé le bien que l’on pouvait penser de lui. Malade dans la dernière semaine, il a reculé au classement général pour finir loin de Froome, mais on l’aura vu tenter, et n’aura pas été loin de la victoire au Mur de Huy. Côté révélation, on peut dire un nom : Warren Barguil. Pour ceux qui ne savaient pas qui il était, il leur est désormais possible de comprendre que le coureur breton est un grand espoir du cyclisme français. 14e du général, il était moins bien dans la deuxième partie de la course, la faute notamment à une chute au ravitaillement de la première étape de montagne. Sinon, il n’aura pas grand chose à se reprocher, et laisse présager un avenir jaune pour les Français.

Ce Tour 2015 a offert un beau spectacle, c’est indéniable. Il y a de nombreuses histoires, il est également possible de revenir sur la chaleur, les chutes, mais au final, en évoquant cette 102e Grande Boucle, que retiendra-t-on ? Un Froome qui signe une deuxième victoire, des coureurs français moins bien placés que l’an passé, mais qui ont été présents, avec un Bardet super-combatif notamment. Enfin, on gardera les sourires des vainqueurs, les masques de souffrance de tous les coureurs qui ont été blessés, ou bien pour qui la course a été tout simplement trop difficile. Ce qui reste à jamais gravé, c’est le courage, la force, l’audace, et le talent de ces coureurs qui ont animé pendant trois semaines la plus belle course du monde.