Pied du Mur. Les favoris se marquent, la pente et leur attentisme semblent les figer complètement. Rui Costa se découvre trop tôt, Valverde fait le forcing, toise tout le monde, accélère sur le sommet et s’impose. Merci, bonsoir et à l’année prochaine.

Voilà en substance le résumé que l’on aurait pu vous livrer de cette 79ème édition de la Flèche Wallonne, classique au propre comme au figuré. Classique comme ce scénario stéréotypé et convenu auquel nous avons une nouvelle fois eu droit aujourd’hui, dans l’exacte lignée de ce que nous avons vécu dimanche sur l’Amstel. Comme on est sympas au Dérailleur, on va essayer de vous en dire un peu plus, malgré tout, ne serait-ce que pour évoquer la 2ème place de Julian Alaphilippe, le jeune puncheur français qui monte, qui monte…

La folie sous contrôle

Les organisateurs auront beau se creuser les méninges tous les ans pour durcir ou adoucir, améliorer ou escamoter, voire bouleverser les parcours des grandes classiques, rien ne semble pouvoir y faire. Sur le circuit World Tour plus qu’ailleurs, tout est calculé au mètre près, et si des conditions bien particulières (vent, pluie, pavés, ou les trois à la fois) ne viennent pas déranger les schémas de course pré-établis, le déroulement de la course est dicté par un seul mot d’ordre : le contrôle. Une échappée de sept coureurs (parmi lesquels Thomas De Gendt et Brice Feillu) prend le large dès les premiers tours de roue? Peu importe qu’elle compte plus de sept minutes d’avance, les Etixx, Movistar et Katusha se chargent de la placer sous CONTRÔLE. Vincenzo Nibali puis Tim Wellens attaquent dans la dernière côte avant le Mur de Huy? On ne change rien au plan initial, personne ne bouge une oreille, ces gars-là sont fous, leurs directeurs sportifs en ont forcément perdu le CONTRÔLE.

Mais qui sont les plus fous finalement? Ceux qui tentent leur va-tout, anticipent, prennent le risque de tout perdre pour viser la victoire? Ou ceux qui attendent, attendent et attendent sans cesse, prenant le pari que si la victoire leur est finalement inaccessible, une huitième ou neuvième place finale leur rapportera bien quelques petits points selon le sacro-saint barème de l’UCI? J’ai ma petite idée, et si le panache d’un Nibali est toujours unanimement salué, l’Italien pourra regretter d’être souvent bien mal accompagné dans ses tentatives de fugue. Dans la côte de Cherave (nouveauté dans le parcours de la Flèche, hérissée à moins de six kilomètres de la ligne) Wellens a profité de l’accélération du Requin de Messine pour placer un contre et filer seul vers Huy. Seul, diablement seul. Et si la Katusha avait envoyé avec lui un Moreno par exemple? Et si des outsiders comme Kelderman, Slagter, Kreuziger ou Rolland en avaient profité pour prendre sa roue? Bref, on ne refait pas l’Histoire, mais il y tant de choses à déplorer après une course si convenue. Les nombreuses chutes, comme souvent sur la Flèche, n’ont pas non plus changé quoi que ce soit à cette prévisible journée ; elles auront seulement puni durement des coureurs comme Gilbert, Nordhaug, Froome ou Vanendert, les empêchant de jouer leur carte pour la gagne.

Heureusement, il y a Julian !

Évidemment, Wellens a été repris au pied du Mur. La suite des évènements, vous la connaissez. Rui Costa avait choisi de dicter le rythme du peloton une fois le jeune Belge de Lotto-Soudal repris, et il l’a payé. Valverde est alors sorti de sa boîte, et il était bien trop fort pour les autres. Il s’est tranquillement posté en tête de troupeau, et l’on a vu tous ses concurrents serrer les dents pour ne pas sombrer. Tous, sauf un. Un irréductible Français qui aura résisté encore et toujours à l’envahisseur. Enfin, presque, puisque Julian Alaphilippe franchit finalement la ligne en deuxième position, seulement devancé par Alejandro Valverde, qui signe là un triplé sur la Flèche Wallonne, après ses victoires de 2006 et 2014. L’Espagnol rejoint donc au rang de co-recordman des victoires Marcel Kint, Eddy Merckx, Moreno Argentin et Davide Rebellin.

Au delà de la performance incroyable d’Alaphilippe, qui découvrait aujourd’hui la Flèche pour sa deuxième saison professionnelle et déjà 7ème dimanche sur l’Amstel, saluons également la 6ème place d’Alexis Vuillermoz, le Pikachu d’AG2R, retardé par une chute à quinze bornes du Mur et freiné dans la montée par une roue légèrement voilée ! Mais c’est bel et bien la classe et le culot du coureur d’Etixx-Quick Step, prévu initialement pour être la dernière rampe de lancement pour son leader Michal Kwiatkowski, qui ont ébloui l’ultime escalade du Mur de Huy, lieu mythique s’il en est mais tellement contraignant pour les coureurs et le scénario de la course ; probablement le paradoxe du cyclisme de notre temps.

Le classement