Les Grands Tours, les Monuments, les classiques flandriennes, ardennaises : demandez à un passionné de vélo les courses qui le font vibrer, celles qui font battre son cœur un peu plus vite, celles qui font l’histoire de ce sport, il vous citera ces épreuves. Des courses centenaires ou ayant vu leurs premières éditions avant-guerre. Des courses aux années d’histoires, d’épopées, de drames, d’événements, d’anecdotes. Le cyclisme est un sport qui par essence puise dans son passé, vit de cela, des grands champions dont on rappelle le nombre de victoires à chaque édition.

Comment expliquer alors que les Strade Bianche, course novice avec seulement douze éditions (en comprenant celle de cette année), a-t-elle aussi rapidement conquis les coureurs et les suiveurs ? Quand à côté de cela certaines courses qui apparaissent dans le calendrier UCI peinent à attirer l’attention des fans. Souvent proposées en ouverture ou en clôture de la saison, dans des zones géographiques moins habituées aux tours de roues, ces courses ne trouvent pas forcément leur public ou en tout cas ne sont pas considérées comme des étapes marquantes de l’année.

Tout est réuni pour une course hors du commun, excitante à suivre sur son canapé, angoissante à subir sur sa selle.

Même si pour être honnête il n’est pas difficile de comprendre pourquoi les Strade Bianche séduisent autant. C’est simple, cette épreuve a tout pour plaire. Pour les coureurs déjà, idéalement placée à la fin de l’hiver, elle convient tant aux classicmen qui enchaîneront sur les classiques flandriennes qu’aux coureurs de grands tours qui eux se dirigeront vers Paris-Nice ou Tirreno-Adriatico, le tracé convenant aux deux types de coureurs.
Et puis, comment ne pourrait-elle pas plaire au public ? Cette course respire le romantisme. Elle respire le vélo. De par son parcours déjà et les fameux sentiers ou chemins de pierres blanches qui sont l’essence même de cette course, les gueules de coureurs recouvertes de poussière et de terre feront toujours des images spectaculaires à l’instar de Paris-Roubaix ou du Ronde. Son final également, Milan-San Remo a la Via Roma, les Strade Bianche ont la Piazza del Campo, une arrivée sublime au cœur de la ville de Sienne avec une dernière montée terrible sur cette route pavé avant les derniers mètres en replat et de répit vers la ligne d’arrivée. Et puis difficile de ne pas apprécier les paysages de Toscane visibles tout au long de la course.

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Le palmarès de la course témoigne aussi de son importance, sur onze éditions six ont été remportées par des coureurs champions du monde, trois pour Cancellara (recordman des victoires), deux pour Kwiatkowski, une pour Gilbert. À qui la douzième ? Grande question. Une attente énorme s’est faite avant la course, l’apanage de ces grandes épreuves. L’intérêt pour celle-ci, le plateau très prestigieux cette année mais surtout la météo. Ces derniers jour la neige s’est abattue sur les routes des Stade Bianche, celle-ci ayant fondue on n’ose même pas imaginer l’état des chemins de terre où les coureurs vont se départager. En plus de cela la pluie s’invite le jour J. Tout est réuni pour une course hors du commun, excitante à suivre sur son canapé, angoissante à subir sur sa selle.

Inutile de garder le suspense, cette édition 2018 des Strade Bianche a tenu ses promesses. Des conditions dantesques, des grands coureurs et un beau scénario. La course s’est finalement jouée entres les trois hommes qui finissent sur le podium. À une cinquantaine de kilomètres de l’arrivée se détachent deux coureurs en tête, deux coureurs que l’on attendaient sur cette course : Romain Bardet et Wout Van Aert. Voir ces deux coureurs à l’avant est la parfaite illustration du paradoxe et de la beauté de cette course, le coureur de grand tour et le cyclo-cross man bataillant pour la victoire. Derrière un contre s’échappe avec Tiesj Benoot, déjà offensif sur le week-end d’ouverture belge et Pieter Serry. Le belge de la Lotto-Soudal s’extirpe finalement et rejoint les deux hommes de tête. Avant de s’envoler dans le onzième et dernier secteur de terre de la course, Bardet et Van Aert ne peuvent pas suivre.

Espérons pour Benoot que cette victoire en appelle d’autres, ce qui paraît assez évident vu son talent.

Tiesj Benoot est donc le premier à débouler sur la Piazza del Campo. Une délivrance. Il s’agit de la première victoire professionnelle du belge qui fait pourtant figure d’outsider sur toutes les courses dont il prend le départ. Un coureur offensif et polyvalent , passant souvent tout près de lever les bras (5e du Tour des Flandres en 2015, 3e du Het Nieuwsblad, 7e du Grand Prix E3 en 2016, 8e des Strade Bianche, 20e du Tour de France et 9e de la Clasica San Sebastian en 2017). Espérons pour lui que cette victoire en appelle d’autres, ce qui paraît assez évident vu son talent.

Du talent il y en a aussi chez Wout Van Aert mais là aussi ce n’est pas une surprise. Troisième aujourd’hui le belge a du se sentir chez lui, presque une épreuve de cyclo-cross pour celui qui est triple champion du monde en titre de la discipline. Avec un peu plus d’expérience sur route il sera très intéressant de voir ce qu’il sera capable de faire, à moins qu’il ne le montre dès cette année sur les classiques flandriennes. Romain Bardet montre lui aussi qu’il est en forme après sa victoire sur la Classique de l’Ardèche, le coureur d’AG2R avait dit qu’il voulait bien figurer sur cette course, il a répondu présent. Direction Tirreno-Adriatico pour lui désormais.

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Avec une quatrième place Alejandro Valverde valide son bon début de saison, une semaine après sa victoire sur le Tour d’Abu Dhabi. Giovanni Visconti prend lui la cinquième place. Peter Sagan qui faisait sa reprise après le Tour Down Under se classe huitième. Notons qu’à la sixième place se trouve Robert Power, l’australien de Mitchelton-Scott signe là sa première belle place d’honneur dans le peloton.

Il s’agissait aussi de la première manche du World Tour pour le circuit féminin. Celle-ci s’est déroulée sous une pluie battante. Ici la course s’est jouée dans le Colle Pinzuto, à une vingtaine de kilomètres de Sienne, sur ce sentier Anna van der Breggen a pris la tête de la course pour ne plus la lâcher, la néerlandaise dont la saison 2017 a été marquée par son triple sur les ardennaises entame le calendrier 2018 de la meilleur des manières. Katarzyna Niewiadoma doit quand à elle croire à une malédiction, troisième année de suite que la pensionnaire de Canyon SRAM Rracing échoue sur la deuxième place du podium de cette course, cette année complété par la tenante du titre Elisa Longo Borghini.